…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n° 33 bis – 18 novembre 2005

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 18 Nov 2005 —

Les contributions continuent à nous arriver… sans attendre, voici trois nouveaux textes aux approches et aux styles pour le moins différents. N'hésitez pas à profiter d'un week-end qui s'annonce frisquet pour continuer à vous exprimer, nous chercherons ensuite à dégager des pistes d'intervention pour les Ateliers.
Nul doute que nous y reviendrons lors de la plénière du 9 décembre où nous espérons que vous serez nombreux.
NB – nous avons bien avancé sur le jeu de piste citoyen du lendemain 10 décembre, je crois que ce sera vraiment bien … réservez donc aussi votre samedi après-midi !!
Le vivre ensemble n'est plus anecdotique
Comme beaucoup, il ne me manquait qu'un petit coup de pouce pour partager avec vous mes impressions et réflexions sur la question des banlieues. C'est de l'instantané en complément de ce que d'autres ont déjà exprimé.

Un des fondements de l'atelier « lieux de consommation et citoyenneté » est de penser que le mieux vivre ensemble au sein des espaces commerciaux est un vrai sujet : qu'en tant que lieu de vie (qu'on le veuille ou non), lieu d'échanges (si basiques soient-ils), lieu de mixité sociale, ils constituent un « lieu du lien » social très important et pas seulement un lieu commercial.
Or souvent lorsque j'exprime cette opinion aux gens à qui je parle des Ateliers, je ressens comme une espèce d'amertume : comme si s'occuper du vivre ensemble était à la fois bien léger ou au contraire tellement utopique et loin de la « réalité » que c'était bien courageux de ma part de m'y atteler !
Eh bien, merci la crise des banlieues !… je crois en effet que beaucoup de questions et de pistes de réponse se situent précisément dans ce vivre ensemble. Je vais être beaucoup plus convaincante lors de ma prochaine entrevue sur le sujet !

Il y aurait beaucoup à creuser et à trouver dans cette expression du « vivre ensemble » (ça a probablement déjà été fait ? – appel à connaissances ?) car j'y vois deux axes stratégiques :
– le vivre ensemble au sens très quartier : avec ma famille, mes voisins, mes amis, les commerçants du quartier, etc. Quelque chose qui reste donc un peu « entre soi » aussi finalement
– le vivre ensemble au sens « avec les autres » : en dehors de « mon » espace habituel où je connais (presque) tout le monde, avec d'autres types/styles de personnes, par exemple au travail (quand on en a un…). C'est là, entre autres, que le centre commercial me semble être un de ces lieux « d'exception » où des gens de divers horizons arrivent encore à être dans un même lieu au même moment.

Je ne développerai pas tout ce qu'il y a à faire en matière d'architecture urbaine, de gestion des flux et des parcours (piétons et véhicules), d'intégration des cités dans les centre-villes, c'est passionnant et ça bouge beaucoup en ce moment du côté des professionnels.
Une bonne engueulade plutôt qu'une bonne crise : le coaching verbal, nouvelle discipline à développer !

Nous avions abordé je crois ce sujet lors d'une des plénières et il me tient à cœur quand je vois à quel point ces « jeunes des banlieues » n'arrivent pas à s'exprimer. Je ne parle pas ici de la minorité des jeunes qui ont été au cœur des violences urbaines, il y a des gens beaucoup plus compétents que moi pour en parler, qui y sont tous les jours et dont c'est parfois le métier.
Je parle en général de cette génération (la mienne) qui ne sait pas bien s'exprimer et pour qui cela constitue un obstacle évident au développement de soi et qui a parfois des conséquences graves lors de la recherche d'un emploi.

Un des jeunes interviewés par France2 lors d'un des derniers 20h le disait très bien : il ne sait pas comment dire ce qu'il ressent, il ne sait pas parler en public « comme les politiques » et du coup il comprend que certains s'expriment avec les moyens du bord… Attention au raccourci, je ne suis pas sûre que la fin soit très juste mais c'est ce qu'il dit. On peut quand même voir dans le fait de brûler la voiture de son copain ou incendier l'école de sa petite sœur une violence d'abord contre soi-même à la fois absurde et désespérée. Les jeunes n'ont pas été « cassé du bourgeois » dans le 16e, ils sont restés chez eux et ont saboté leur quartier : c'est ce qui m'a le plus touché. C'est aussi je crois le signe le plus évident de leur détresse face à une promesse républicaine qui ne tient plus du tout.

Les Ateliers sont fondés sur cette parole et nous avons pratiquement tous souligné comment l'écoute bienveillante de chaque plénière nous rassure, nous réconforte et nous facilite l'échange. Nous savons aussi que nous sommes privilégiés (l'exercice même de cette lettre est très intellectuel…) dans notre capacité à s'exprimer.

Bref, vous l'aurez compris, je crois qu'en dehors de ce que font beaucoup d'associations autour de la parole des jeunes, etc. il y a aussi un travail à faire en profondeur pour aider ces jeunes à formuler ce qu'ils pensent : un vrai coaching pour savoir s'exprimer, savoir convaincre, savoir se battre avec des mots : une bonne engueulade au lieu d'une bonne crise !?

PS : le Ministre de l'intérieur en employant le mot de racaille et en le réaffirmant savait très bien ce qu'il faisait et démontre par là même la force des mots. Ca me rappelle le tire d'un livre de John Austin « Quand dire c'est faire » sur le langage performatif… no comment.
Rester concret

Comme d'autres qui se sont exprimés dans la lettre d'information, je pense qu'il faut s'attacher à comprendre cette problématique non seulement avec les acteurs du terrain mais aussi sur le terrain, à l'intérieur du ventre des cités.

J'ai vécu 14 ans à Montreuil dans une cité HLM, mon frère vit à Saint-Denis : pour ma part, je suis déjà trop loin de la réalité pour savoir vraiment ce qu'il se passe mais j'en vois assez pour savoir aussi que beaucoup d'idées sont déjà là, que mon frère qui ne vote pas va à tous les conseils de quartier, les réunions de parents d'élèves, que dans son immeuble, tout le monde se connaît, se parle et participe à « Immeubles en fête », etc.

Je crois effectivement que les politiques réfléchissent selon un paradigme qui n'est plus (cf. réflexion d'Alain de Vulpian) et qu'il faut rester concret, s'attacher à ce qui est et ce qui est en devenir plutôt qu'à ce qu'on aimerait que ça soit et que ça devienne du haut de nos bureaux.

Rester concret au sein d'une France dont l'aspect multiculturel doit être d'abord perçu comme une réalité et ensuite vécu comme une véritable opportunité : tout être vivant qui ne s'adapte pas aux changements et qui ne les fait pas sien a un avenir peu brillant…
Cécile Poujade

Mouvement social et …calendrier électoral

Une contribution ? Soit, mais par où commencer ?

Le champ est si vaste, les analyses si nombreuses : que de contributions en ce moment sur monde sur les plateaux télé, radiophoniques, dans la presse écrite….

Qu'apporter de plus ?

Tout est dit.

Tout le monde savait qu'un jour ou l'autre « ça devait arriver ».
Tout le monde sait aujourd'hui pourquoi.

Pour les uns, c'est la misère, le chômage, les conditions de vie, les discriminations etc….
Pour les autres, c'est la démission des parents, le refus de vouloir s'intégrer, le rôle des caïds, l'écart culturel trop grand (à écouter certains le fait d'avoir deux femmes est suffisant à expliquer la crise actuelle…..).

Une nouvelle fois, on propose un monde dual.
D'un coté l'on renvoie à la responsabilité collective, de l'autre à la responsabilité (irresponsabilité ?) individuelle.

Grand classique de notre pays.

De son côté l'actuel locataire de l'Élysée, nous refait un énième coup sur la fracture sociale et tout le toutim….

Très bien.

Puisque tout le monde est au courant, que le mal est identifié et que le diagnostic est réalisé, j'imagine que le traitement va être prescrit afin de soulager le « moribond ».

Prudent, on nous dit malgré tout que la maladie est sérieuse et que la traitement prendra plusieurs années…. Au moins dix ans !!
Et tout cela bien sûr si et seulement si (comme en mathématique….) tout le monde s'y met, qu'une grande « union nationale » se concrétise.

Ainsi donc, « ils » auraient donc compris que l'effort doit être continu quelles que soient les majorités aux commandes de notre grande maison ?

Formidable !!

Un monde meilleur s'ouvre donc devant nous. Face au péril, on va avancer ensemble, sans laisser qui que ce soit sur le bord de la route… car l'on vient de comprendre que c'est la seule solution, sans quoi « ça re-pètera ».

Vive le pragmatisme !

C'est bizarre, mais un je ne sais quoi m'empêche d'être optimiste, d'adhérer à ce scénario.

Je voudrais bien savoir comment « chacun va prendre sa part » ? Comment les « pauvres » vont-ils être accueillis par les « riches » des beaux quartiers ?

Comment subitement, tout le monde va trouver du travail, un logement, un endroit où se poser et échanger avec l'autre, qu'il soit « black – blanc – beur –rouge – bleu- violet – jaune…» ?

Surtout, je n'oublie pas que dans dix-huit mois, y'a une « putain » d'échéance électorale !!

Bizarrement, personne ne fait le lien entre les « évènements » actuels et la Présidentielle.

Voici donc ma seule vraie contribution :

J'accuse Nicols Sarkozy d'avoir pleinement tiré les conclusions de la présidentielle de 2002.
Il a compris qu'une grande partie de la société française est prête à accepter beaucoup de choses (chômage, précarité…), à la condition que la sécurité des personnes et des biens soit garantie. Chirac avait le même constat et avait organisé sa campagne électorale de 2002 sur ce thème : sécurité / insécurité (lequel des deux termes choisir ?).
« Sarko » nous refait le même coup à ceci prêt : il a décider de chasser sur les « terres » du FN tout en se prémunissant du risque électoral du FN. Pour être clair, il est en train avec ces copains de rappeler à l'ordre les élus locaux, notamment ceux qui avaient accordé leur signature pour que Le Pen puisse se présenter. Objectif : barrer la route légalement au candidat du FN (mais pas à ses thèses). Ainsi, pendant dix-huit mois, Sarko se positionne sur un terrain immonde, où il se sait à peu près seul en capacité de répondre (où est donc la gauche ? réponse : Au Mans !!).

Je peux presque pronostiquer sans trop de risque de me tromper que Le FN ne sera pas présent à la prochaine présidentielle. En Revanche, ses thèses le seront plus que jamais.

De nombreux électeurs se rappelleront le « jour J » des « émeutes » actuelles. C'est bien le but recherché.

Pendant dix-huit mois donc, nous allons être abreuvés, gavés à nous en faire exploser la panse, de discours sur la différence, l'insécurité, la nécessité d'une « rupture » avec le passé (représenté par Chirac, Villepin et tout le PS….).

L'action envers les banlieues se résumera donc au strict minimum durant toute cette période. Quant à savoir ce qui se passera après…. J'ai bien ma petite idée, mais je me la garde pour l'instant.

Le silence de la Gauche est assourdissant. À droite, ce n'est pas mieux. C'est soit tu es dans le rang, soit « tu vires ».

Hors, toute contestation sociale doit à un moment donné ou un autre être relayée par des acteurs (non identifiés ici) afin d'être transformée en revendication « Politique » puisque c'est l'essence même de notre « Démocratie ».
Faute de transformer l'essai, l'on risque une nouvelle explosion.

La seule chose qui me ravisse dans la situation actuelle, c'est que nous sommes bel et bien dans un mouvement « social » et non « religieux » (au grand damne de certains !!).

Cela prouve que le mouvement historique de « sécularisation » (si j'ose écrire) est également en cours chez les populations où la pratique religieuse est initialement très forte. La Laïcité est donc acquise, ce qui ne l'est pas c'est l'égalité des droits…

Les jeunes des banlieues sont donc comme les autres.
Espérons qu'ils le resteront et qu'ils sauront se prémunir des discours d'enfermement identitaires et / ou religieux dans lesquels certains (dont Sarko) veulent les enfermer, au nom du constat de « La » différence officiellement ignorée et pourtant présente au quotidien.

Voilà,

C'est sûrement un peu Brut de décoffrage, mais bon, je ne voyais pas quoi ajouter de + aux nombreux éclairages Psycho-socio-économico-religio…..toto… dont on nous bassine tous les jours.

Pessimiste assurément, sur les réponses apportées par les institutions à cause d'un certain calendrier électoral.
Optimiste (pour combien de temps) sur le fait que cela est avant tout un mouvement social (même si je n'oublie pas les différentes dimensions identitaires évoquées par tout le monde).
Yazid Louahab

Qu'en est il des valeurs républicaines ?

Devant la gravité de la situation que traverse notre pays beaucoup d'interrogations s'expriment autour des notions de pertes de repères et de valeurs républicaines !

Essayons quelques réflexions

Quand des dates symboliques de notre calendrier républicain et qui ont traits aux libertés et aux droits de l'homme conquis dans notre pays sont complètement bafouées, il en va ainsi

  • Du 14 juillet Fête Nationale de la République
  • Du 8 Mai date de la Victoire contre le nazisme en 1945
  • Du 11novembre date de l'Armistice de la première guerre mondiale en 1918

Autant de journées symboliques de notre histoire qui sont devenues aujourd'hui des plus banales, des journées où de plus en plus de salariés qui devraient être en famille se retrouvent hors du foyer parce que l'un ou les deux parents doivent aller travailler.

Quel symbole que de tenir une caisse de supermarché ces jours là pour les enfants de ces familles qui dans certains cas se retrouvent tous seuls ?

Quelle valeur républicaine pour ces enfants lorsque le 14 juillet, le 8 mai ou le 11 novembre, on évoque et parfois plus que brièvement ces dates dans les médias et qu'en même temps ils entendent ou regardent des pubs vantant l'ouverture des magasins ces jours là ? Ces remarques valent également pour d'autres jours fériés.

Que ceux qui prennent ces responsabilités en assument les conséquences, patrons des grands groupes commerciaux au nom du profit et les pouvoirs publics (députés et maires) qui donnent leur accord au nom du libéralisme.

Chacun s'interroge sur ces pertes de valeur, ces pertes de repères dans notre pays

Alors oui, interrogeons nous
Sur ces millions de salariés qui sont contraints de travailler, le samedi, le dimanche, la nuit, qui sont de plus en plus nombreux et notamment les femmes.
Ces millions de salariés en horaires éclatés, morcelés, décalés, et les temps de transport qui sont de plus en plus long entre domicile et travail.

Qu'en est-il de la vie familiale, sociale et associative dans ces situations, quelles conséquences lorsqu'il s'agit d'une famille monoparentale, ou lorsque le père et la mère sont concernés ? Que deviennent les liens familiaux et les repères sociaux pour les enfants ?

Alors oui, interrogeons nous
sur le fait qu'il existe aujourd'hui dans notre pays :

  • 1 million de travailleurs pauvres
  • 3.5 millions de personnes qui vivent en France sous le seuil de pauvreté.
  • 6 millions de personnes ne survivent que grâce aux minimas sociaux

Alors oui, interrogeons nous

  • Sur les 3 millions de salariés qui vivent dans l'angoisse permanente de la précarité de leur emploi (CDD, interim, contrats de tous types…)
  • Sur les 15% de salariés qui sont à temps partiel, dont 1.2 million souhaiteraient travailler plus
    Alors oui, interrogeons nous
  • Sur la culture de l'élite, du champion, de la réussite à tout prix, qui conduit à l'individualisme à outrance, marcher sur la tête de son voisin de son collègue pour réussir en oubliant que cela fonctionne dans l'autre sens

Alors oui, interrogeons nous

  • Sur la réalité de notre système d'éducation, manque de prof, manque de médecins scolaires (un médecin pour 6000 élèves) manque d'assistante sociale, manque d'aide éducateurs, de surveillants, de conseillers d'éducation etc
  • Sur le manque de moyens des associations culturelles, sportives, de loisirs qui sont des lieux de fraternité et une formidable école du vivre ensemble.
  • Sur le nombre ridicule d'éducateurs sociaux dans les quartiers, sur la disparition des services publics de proximité

Alors oui, interrogeons nous

  • Sur cette concentration de difficultés et de misères qui frappent des millions de familles dans notre pays et qui dans bien des cas sont issues de l'immigration, alors que dans le même temps s'accumulent des richesses au grand jour exemple : avec les 25 plus grandes fortunes du Rhône Alpes, on comblerait le « trou de la sécu »
  • Sur les salaires des patrons qui ont explosé en 2004, sur les dividendes versés aux actionnaires en 2004 par les entreprises du CAC 40 qui ont atteint 22 milliards d'euros (+27%)

Alors oui, interrogeons nous
Il y a vingt ans, lors des incidents de Vaulx en Velin et Venissieux, les mêmes réalités étaient apparues, les mêmes maux avaient été mis en avant , Quels enseignements en a t'on tiré ?

Vingt ans après, il n'y a jamais eu autant de smicards, de gens dans la précarité et la pauvreté, en difficultés pour accéder aux systèmes de soins, de santé, .de familles à la recherche d'un logement social, de jeunes à la recherche d'un emploi, d'une formation….
ORDRE PUBLIC – VALEURS REPUBLICAINES – OUI
Mais en redonnant tout son sens aux valeurs de notre république

LIBERTE La première, celle de pouvoir travailler et vivre dans la dignité

EGALITE devant la loi, qu'elle soit la même pour tous, riches et pauvres, français
et immigrés, égalité dans l'accès à l'éducation, à la formation, à l'emploi, au
logement, à la santé

FRATERNITE en mettant fin à cette culpabilisation permanente des personnes – les
malades qui coûtent chers, les retraités qui vivent trop bien, les chômeurs qui ne veulent pas travailler, les immigrés qui ne veulent pas s'intégrer, les jeunes qui se « foutent » de tout …..

Redonnons du sens à l'humain, au social, au collectif.
Michel Catelin

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