…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n° 17 – 24 août 2004

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 24 Août 2004 —

En guise de prérentrée quelques informations et une réflexion un peu grave et personnelle mais qui traduit bien notre difficulté à ne pas être schizophrène.

Renouvellement de la convention avec la Région Rhône-Alpes
Comme prévu, La Région Rhône-Alpes a reconduit son financement des Ateliers au titre de la promotion sociale et professionnelle. Nous avons reçu le courrier de confirmation … avec, malgré tout, une réduction du montant d’environ 5 000€ !
Hervé CHAYGNEAUD-DUPUY rencontre par ailleurs la vice-présidente, Christiane Demontès la semaine prochaine pour lui présenter nos travaux.

Premiers retours sur les cahiers de vacances

Il y a d’abord eu les réactions de juillet amusées (« La créativité des Ateliers nous étonne encore et c’est avec application que nous emporterons notre cahier de vacances! ») … ou un peu agacées par ce retour aux « devoirs de vacances » qui n’ont, semble-t-il, pas toujours laissé d’excellents souvenirs aux membres des Ateliers. Pardon donc pour ce rappel douloureux !
Il y a maintenant les premiers retours (mais n’hésitez pas à prendre la plume, vous ne serez pas encore noyés dans un flot d’écrits!). Simplement pour vous donner une idée de ce que l’on peut partager (nous publierons d’autres textes dans la lettre de rentrée), nous avons reçu une comparaison entre sport et politique issue de la lecture d’un livre de Paul Yonnet : « huit leçon sur le sport », plusieurs commentaires de la phrase de Le Lay sur le métier de TF1 (vendre du temps de cerveau humain disponible aux annonceurs publicitaires), une réaction d’un proche des Ateliers sur plusieurs aspects de nos travaux, notamment le volontariat, …

Voici le texte de Guy EMERARD sur les propos du patron de TF1
« Personnellement ce qui m’a le plus étonné ce n’est pas tellement que le PDG de cette chaîne pense ainsi mais qu’il ose le dire, au risque, justement, de susciter des réactions qui vont à l’encontre de son intérêt et de sa logique. Il a sans doute voulu faire le malin et ça se retourne contre lui. Tant mieux! et j’espère que beaucoup de gens réagiront comme ça semble être le cas. Je souhaiterais surtout que cette cynique franchise fasse comprendre à beaucoup et la totale amoralité du marketing et la bêtise de ceux qui le manipulent. Machiavel aurait sûrement conseillé à M. Le Lay de se taire.

Quant à nous, citoyens entreprenants, pourquoi ne pas continuer à réfléchir sur les causes et les conséquences de cet aveu. Si nous savons le faire durer, l’écho de ces réactions finira par revenir aux oreilles de M. Le Lay et de tous ceux qui peu ou prou agissent comme lui. Ils ne regretteront probablement pas leur amoralité mais ils pourraient avoir honte de leur bêtise. Et nous, nous renforcerons nos anticorps à l’intox et mieux encore aux effets d’entraînement qui peuvent nous amener nous aussi à ce genre de bassesse. »

Le texte de Hervé Chaygneaud-Dupuy « les vacances et la mort »
Au moment de m’acquitter moi-même de mes « devoirs de vacances », j’éprouve le besoin de partager ce que j’ai vécu cet été même si je sais que certains d’entre vous trouveront peut-être cela inopportun ou indécent. Je franchis en effet sciemment la frontière du privé et du public.
Par souci de rester vrai (j’ai avec vous une relation qui m’empêche de répondre par un banal et faux « je me suis bien reposé » à la question qu’on pose naturellement au retour des vacances), par envie aussi de tirer des leçons de ce que j’ai vécu qui concernent le « vivre ensemble ».
Je passe traditionnellement une partie de mes vacances en Charente, dans la « petite maison » attenante mais distincte de la « maison du haut » qu’habitent mes vieilles tantes. Cette année, je savais pertinemment que ce serait différent : la plus âgée de mes tantes (96 ans) celle que j’ai toujours considérée comme ma grand-mère est très diminuée. Mais je n’imagine pas « déserter » la place à un moment où la plus jeune des deux (quand même 78 ans) se retrouve bien seule. Quand j’arrive le dimanche, elle me semble au plus mal, décharnée, les yeux exorbités, la bouche figée dans un rictus… deux jours après elle sortait dehors sans autre aide que son déambulateur. C’est la dernière fois que sa volonté a été la plus forte. Depuis trois ans, elle se battait. Une attaque l’avait murée dans le silence et l’hémiplégie durant plusieurs mois, mais de façon étonnante pour une personne de son âge, elle avait retrouvé l’usage de la parole et de ses membres. Mais cette fois, je sens qu’elle n’en peut plus. Après ce dernier sursaut, elle n’a plus que la force de parler… et encore avec quels efforts ! Chaque jour, j’ai pensé que c’était la fin, mais un matin sur deux, elle était mieux ou moins mal. Ca a duré tout le temps de ma présence et ça dure encore aujourd’hui.
Rien de bien nouveau que cette agonie d’une personne très âgée, me direz-vous et pas de raison d’en faire état ainsi. Vous avez cent fois raison, alors pourquoi ce besoin d’en parler ? Parce que j’ai ressenti à quel point il est devenu incongru de faire cohabiter la vie et la mort alors que je pense, je crois, que nos sociétés gagneraient en humanité à continuer à vivre avec les mourants (sans tomber dans le dolorisme ou la morbidité). Vivre, parce que je n’ai pas renoncé à vivre des moments d’évasion. J’ai vécu de vraies vacances, j’ai vraiment accompagné ma tante, dans un va et vient intense, douloureux et joyeux.
Pour une partie de mon entourage (en dehors de ma femme et de mes filles qui, je crois, ont compris et partagé ce que j’ai vécu), lier les vacances et l’accompagnement d’une mourante était incompréhensible, presque choquant. Nous vivons dans une société qui sépare les registres de la vie, chacun avec ses normes et ses spécialistes. La mort n’est plus notre affaire. A l’hôpital, aux aides soignantes de s’en charger. Les unités de soins palliatifs seront plus compétentes. Notre incompétence face à la mort, voilà notre dernière justification. Elle a toute l’apparence de la raison dans une société qui privilégie l’efficacité. J’ai été conduit à suivre la voie qui était celle de ma tante (infirmière d’avant guerre) : « mon métier c’était simplement d’être là ».
Est-ce que ça a à voir avec la citoyenneté, je ne sais pas. En tout cas, c’est certainement une partie du « vivre ensemble » que de considérer comme normal (en tout cas comme une voie possible) de continuer à vivre aux côtés des mourants.
Je sais que nous sommes tous confrontés à la mort, et que nous réagissons comme nous pouvons. Le rapport à la mort est et doit rester avant tout une affaire privée mais parce que notre société médicalise la mort et technicise le vivant, nous pouvons avoir aussi un regard de citoyen sur les choix collectifs (ou les évitements) qui transforment notre rapport personnel à la mort presque à notre insu puisque nous n’osons pas en parler.

La réaction de Claire Jouanneault qui m’a incité à publier ce texte :
Tu nous fais partager un moment de vie intense, bouleversant qui m’a profondément touchée et je ne serai pas la seule. Ce que tu fais là c’est poser une graine de réflexion plus intime que d’habitude sur notre relation aux autres mais pas moins importante ni juste. Elle fera en chacun de nous, comme tous les autres échanges que nous avons, le chemin qui lui est propre mais je ne vois pas là d’immixtion dans une sphère totalement privée, inviolable si tant est qu’elle existe. Que ne disons-nous d’autre que les frontières entre nos univers professionnel, personnel, public, familial, social sont poreuses et que les uns et les autres ont beaucoup à gagner de cette porosité, voire même que la société et la vie de chacun ne peut se développer harmonieusement sans elle.
Je comprends ton appréhension à rendre ton texte public mais je crois que si les Ateliers permettent ce type d’échanges alors vraiment ils nous apporteront à tous beaucoup.
Je serai donc de ceux qui t’inviteront à publier ton témoignage, ne serait-ce que pour de voir ce qu’il produit. Il n’a rien d’indécent ni de morbide, bien au contraire, et s’il choque ce ne sera pas en lui-même mais par ce qu’il aborde.

 

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