…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n° 15 – 7 juin 2004

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 7 Juin 2004 —

En prélude à notre réflexion sur les évolutions de la démocratie, prévue lors de la plénière du 18 juin, voici une relecture de deux articles parus récemment sur le sujet… et une distinction éclairante entre la Règle et la Théorie. Bonne lecture.

L’actualité vue des Ateliers

La démocratie peut-elle durer ?
Il est toujours plus naturel de penser que les choses vont durer. Un peu moins bien, la plupart du temps (ah! c’était mieux de mon temps…). Un peu mieux, quand on est optimiste. Mais dans la plupart des cas, on ne sort pas du cadre existant : c’est toujours la même histoire qui continue.Notre rapport à la démocratie est de cet ordre. Elle nous apparaît comme un fait, une évidence. Même si on sait qu’elle fonctionne mal, on n’imagine pas vraiment qu’elle disparaisse, ni qu’elle se transforme radicalement. Et si on avait tort ? Aujourd’hui, je ne suis pas loin de faire le pari qu’avant vingt ans, ou la démocratie aura disparu ou elle aura été refondée sur des bases profondément différentes, en rupture avec le choix de la démocratie représentative fait à la fin du XVIIIème siècle. (Méfiez-vous, j’avais pris un pari de même ordre à propos de la survie de l’URSS en 1983…). Deux articles consécutifs parus dans Le Monde nous invitent à penser dans ce sens. Le premier est de Paul Thibaud et intitulé « les démocraties sont mortelles », le second est de Dominique Rousseau qui a volontairement pris le contre-pied en titrant « les démocraties continuent ». L’un comme l’autre nous invitent à sortir du cadre.
A noter, Thibaud commence par le même énervement que moi à l’égard de Rosanvallon (cf lettre n° 13). Il écrit : Rosanvallon « nous met au pied du mur mais il nous y laisse. On ne peut même pas dire qu’il fait un diagnostic, il en reste au constat (à propos du déclin de l’efficacité du vote) ». Thibaud ne croit pas que le mouvement de décentralisation et d’européanisation produise la renaissance politique promise. Pour lui, « on ne peut échapper à une inquiétude radicale ». « Il se pourrait que nous sortions de la démocratie par la désimplication des citoyens ». Il s’interroge pour savoir si la démocratie se suffit à elle-même et s’il ne lui manque pas une transcendance qui assure la cohérence et la durée d’un groupe ou d’une institution. Pour Dominique Rousseau, « le vote et la nation ne sont pas les deux seules conditions de la démocratie ». La démocratie représentative n’est pas la seule possible. Il repère un des principes qui pourrait anticiper une
recomposition démocratique : « la capacité normative de l’espace public ». C’est pour lui le « lieu social où se forme, par la délibération et la confrontation des arguments, la volonté générale sur des questions issues de la vie quotidienne des « gens » : protection sociale, qualité alimentaire, organisation de la famille, …et plus encore un lieu qui construit une force capable d’imposer aux représentants politiques leur agenda ». Il conclut en disant qu' »il faut encore imaginer les institutions qui fassent vivre cet espace des citoyens ». Mais pour lui, les choses sont claires, l’actuelle séparation des pouvoirs est devenue une « calembredaine ». De Thibaud, j’ai envie de retenir qu’il nous faut trouver une éthique de l’implication qui donne du sens à la Cité mais je ne pense pas que ce soit un « donné préalable » ; je crois au contraire que cette éthique ne pourra être qu’éminemment personnelle (personnelle ne voulant pas dire individuelle). Seule à mon sens cette éthique de l’implication évitera que la normativité de l’espace public anticipée par Dominique Rousseau ne devienne le réceptacle des égoïsmes catégoriels.
Si nous sommes souvent aussi enthousiastes au sein des Ateliers, n’est-ce pas tout simplement parce que nous avons entrepris, sans en avoir toujours pleinement conscience, cette tâche exaltante d’expérimenter les règles de discussion dont la démocratie post-représentative a tant besoin ? (vous trouverez ci-après une distinction éclairante faite par Dominique Fauconnier entre la théorie et la règle.)
Hervé CHAYGNEAUD-DUPUY

NB : j’ai bien conscience en relisant ce texte qu’il est très abstrait et plutôt aride. Considérez le seulement comme un préambule à nos échanges ! Nul doute qu’ensemble nous saurons donner un tour plus concret à cette interrogation fondamentale sur le devenir de la démocratie et sur le rôle que peut jouer la citoyenneté entreprenante.

La Règle et la Théorie
Récemment je me posais la question de l’opposition entre la Règle et la Théorie. Theos renvoie à lieu, (ou à dieux ?) à Origine. La Règle s’applique. Si elle est bonne (fiable, adaptée et adoptée) les choses se passent bien, si non, ce n’est que misères. Mes approches sont Règles, elles ne sont pas Théories.
La Règle n’explique pas le monde, elle ne permet pas de le comprendre. Créer une règle demande en revanche une intimité profonde avec le réel, un travail infini, une imprégnation continue. Et le résultat n’en est pas visible. Mais lorsqu’elle marche, elle nous permet de recréer le monde.
Aujourd’hui notre monde ne manque pas de théories (on ne sait plus quoi en faire), mais de règles dans le sens plein du terme. Une règle nous permettant de régler nos gestes, nos pensées, nos vies comme on règle son pas pour aller loin. Des règles de vies, des règles qui marchent lorsqu’on les applique. Je me demande si le Moyen Age n’était pas régi par des Règles (St Benoît, les Saint Devoirs et d’autres) et si ce n’est pas à la Renaissance que la théorie a pris le pas sur elle. La Règle est devenue règlement . . . et l’individu s’est isolé comme un tout fermé sur lui-même, indivisible ! Inaccessible ? Le mystère s’en est allé, et la Raison s’est installée seule, pensant suffire en tant que guide de nos actes.
Dominique Fauconnier

Les séances à venir

RENCONTRE PLENIERE DES ATELIERS – le vendredi 18 juin 2004 de 10h à17h30 à Lyon au théâtre de l’Elysée (programme sur le site internet des Ateliers)

RENCONTRE INITIALES – Bruits et sons en ville – le mardi 15 juin 2004 de 18h à 20h, Lyon au théâtre de l’Elysée.

LES ATELIERS
8ème réunion de l’atelier « Lieux de consommation et citoyenneté »
Jeudi 1er juillet 2004, 12h30-15h, à Paris

8ème réunion de l’atelier « Personne, entreprise et société »
Mercredi 9 juin 2004, 17h30–19h30, à Lyon

8ème réunion de l’atelier « Volontariat » (à confirmer)
Lundi 14 juin 2004, 18h30-19h30 suivit d’un dîner, à Lyon

 

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