…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n° 11- 23 mars 2004

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 23 Mar 2004 —

Profitez bien de cette lettre : on ne vous parle ni du jeu politique suite aux régionales ni des conséquences du terrorisme.
Nous ne nous désintéressons bien sûr pas de ces sujets mais nous continuons AUSSI à nous intéresser à autre chose !
Bonne lecture.

La médecine, les banques centrales, les suisses et la démocratie

Pardon pour cet inventaire improbable, il est le fruit de mes lectures du week-end, tirées d’une pile de Monde un peu défraîchie.
Si l’on cherche les liens entre les mots de ce titre, on imaginera peut-être un rapport entre suisses et démocratie en raison de leurs nombreuses votations, et par opposition on se dira que les expertises médicale ou monétaire sont bien éloignées des pratiques démocratiques… Évidemment ce n’est pas si simple, sinon je ne prendrais pas la peine de vous écrire.
Reprenons donc, avec un fil conducteur : la démocratie est moins affaire de vote que de délibération.

Côté médecine, une page « Horizon était consacrée au « centre d’éthique clinique » mis en place après les états généraux de la santé qui avaient insisté sur la nécessité d’une nouvelle relation, plus adulte, entre patients et médecins. Le Centre d’éthique a été créé pour aider à faire face aux décisions douloureuses, qui touchent à la vie et à la mort des malades. Le Centre, saisi par les familles ou les médecins en cas de désaccord sur la solution à mettre en œuvre, aide à mettre à plat le problème posé ; celui-ci est examiné par des médecins et des non-médecins qui proposent une recommandation. Cette médiation évite de laisser les familles désarmées face à l’expertise. A partir de cette expérience sur des situations individuelles, ne peut-on imaginer des instances du même ordre pour préparer les choix en matière de santé publique ? La réforme de l’assurance maladie saura-t-elle faire de la place à de telles approches ?

Une tribune du prix Nobel Joseph Stiglitz était quant à elle titrée « une banque centrale indépendante ou démocratique ? ». Il s’agit cette fois de savoir non pas qui nomme les responsables de la banque centrale mais si la composition de leurs instances de direction inclut bien la diversité des points de vue pour que les décisions prises ne se focalisent pas sur une seule dimension, en l’occurrence la lutte contre l’inflation. Force est de constater selon lui qu’en Europe le mandat donné à la banque centrale empêche toute délibération permettant d’élargir le cadre de la décision à des questions comme l’emploi. A l’indépendance longtemps considérée comme le meilleur moyen pour éviter les politiques monétaires erratique, des économistes commencent à préférer le pluralisme. Un premier pas encourageant.

Concernant enfin les Suisses, un chercheur (suisse), lors d’une rencontre universitaire à l’ENS, pointait la dérive du modèle de démocratie directe sous la pression du parti d’extrême droite. Celui-ci monopolise de plus en plus le débat public à travers ses propositions de votation. Les autres partis sont conduits à se positionner en réaction, et le débat s’enferme dans des expressions caricaturales. La démocratie directe, par l’obligation de se situer en pour ou en contre, fait le jeu des forces les moins portées au consensus et à la construction patiente de l’intérêt général. L’abus de suffrage universel nuirait-il à la démocratie ?

Il me semble important d’avoir ces éléments en tête lorsque l’on voit certains fanatiques du « tout référendum » réduire la réflexion sur le renouveau de la démocratie à l’expression directe des citoyens. Les Ateliers militent pour l’initiative des citoyens mais dans une double dimension de discernement personnel et de délibération collective. Il est sans doute plus facile (et payant médiatiquement) de militer pour le référendum mais beaucoup plus utile (et difficile !) de promouvoir des approches délibératives dans tous les lieux où domine l’expertise, que ce soit la médecine, la monnaie et tant d’autres domaines jugés trop complexes pour être laissés à l’appréciation des gens ordinaires …

Habiter a-t-il encore un sens ?
Guy Emerard a lu les « Considérations sur l'espace » de Henri GAUDIN (Editions du Rocher) pour creuser son idée de Cité éducatrice. Voici quelques citations qui montrent bien le risque encouru par la citoyenneté quand la notion d' »habiter » se limite au logement.

Habiter est à placer parmi les activités qui consistent…à nous rendre le monde familier (p 10)

Les villes (se transforment) en fourmilières traversées d'artères entrelacées, chacun n'y ayant que des tâches parfaitement distinctes, le travail ici, la famille là, l'intérieur clos, l'extérieur délabré, sillonné de voies autoroutières. (p 16)

Nous habitons tout autant dehors que dedans. Ce n'est pas seulement la maison que j'habite mais …mon palier,…ma rue,…des arbres,…la clairière. ( p 32)

Faire de tout extérieur, l'intérieur de la vie sociale (p 34)

Ainsi les villes s'enrichissent-elles autant des édifices des rhéteurs, des hôtels particuliers, des palais, des monuments et des grands bâtiments publics que des constructions banales, éloignées de l'abstraction et des langages entendus, qui expriment avec aisance leurs volumes et ont la langue bien pendue ; (p 42)

Qui peut prétendre qu'il n'y aurait pas un rapport entre l'éthique démocratique des Grecs et l'esthétique de la Cité ?…temples, portiques ou stades sont autant une édification de l'invention de la liberté que nos « grandes surfaces », nos banlieues et nos villes nouvelles sont un produit de l'Etatisation bureaucratique ou de la loi libérale des échanges (p.54)

« …La vie d'un homme libre rendait nécessaire la présence des autres. La liberté pour cette raison même, rendait indispensable un lieu de réunion – l'agora, la place du marché, ou la polis – c'est-à-dire l'espace politique proprement dit. » (Citation, p.56, de « Essai sur la révolution » Annah Arendt)

Les mots qui tressent une belle couronne à la société, comme « être ensemble », « philanthropie », « communauté », ne sauraient me toucher si la beauté des villes qui en sont la somme ne les arrache pas à l'abstraction.(p.79)

Fonder l'habitation sur le logement, fut la plus grave erreur de la modernité architecturale; c'était sacrifier la sociabilité à la famille, au mieux au communautarisme. (p.91)

Un échange n'implique-t-il pas une tension vers l'autre, que le langage n'appartienne en propre à aucun des interlocuteurs mais soit, à l'instar de l'espace, ce tiers commun sans lequel aucun partage n'est possible ? (p 108)

La vie privée ne peut trouver son épanouissement si la vie publique ne le trouve pas. (p. 111)

Nous nous plaisons dans les villes qui ont involontairement l'allure de nos méandres – qui reproduisent nos circonvolutions et notre propre spaciosité. Il n'y a d'humanité supportable que celle qui n'a pas la prétention de maîtriser le monde. (p. 114)

Avec de bons sentiments, on a construit pour les hommes considérés comme médiocres et incapables de goûter à la beauté, ce qu'ils méritaient : des containers. (p. 142)

« Les citoyens athéniens n'étaient des citoyens que dans la mesure où ils avaient du loisir. » (Hannah Arendt citée p. 147)

Ce qui est méprisé chez les Grecs, c'est le travail servile, celui qui répond à la stricte nécessité. (p. 151)

Réduire la maison à un assemblage de matériaux, l'immeuble à une accumulation de logements, et la ville à une accumulation d'immeubles fait partie d'une stratégie efficace de dépolitisation et de stérilisation de la vie sociale.
Ainsi nos libertés se trouvent-elles confisquées par ceux, affairés de publicité, qui se font fort d'anticiper nos goûts, de conformer nos attentes à la production, de diriger notre convoitise vers des produits soigneusement emballés d'allusions érotiques. (p. 164)

Si l'animal a rapport à son milieu, l'homme a rapport au monde. (p. 216)

Le site des Ateliers attend vos contributions EN DIRECT

Nous vous rappelons que le site internet des Ateliers de la Citoyenneté est ouvert : www.ateliersdelacitoyennete.org
Les membres des Ateliers ont reçu par e-mail leur identifiant pour accéder à la partie qui leur est réservée.
Il est ainsi possible de réagir aux textes de cette lettre directement sur le site ! (pour ceux qui n’ont pas d’accès, vous pouvez toujours nous transmettre des textes par mail)

NB : Nous avons veillé à faire LE PLUS SIMPLE possible avec Eric Le Quéré d’Itéo (le groupe que préside Didier Livio) qui nous héberge gracieusement.

Les séances à venir

LES ATELIERS

4ème réunion de l’atelier « Lieux de consommation et citoyenneté »
Mercredi 30 mars 2004, 12h-15h, à Paris

5ème réunion de l’atelier « Métiers et citoyenneté »
Jeudi 1er avril 2004, 10h-12h, à Lyon

6ème réunion de l’atelier « Personne, entreprise et société »
Jeudi 1er avril 2004, 17h30–19h30, à Lyon

6ème réunion de l’atelier « Information télévisée et citoyenneté »
Vendredi 2 avril 2004 10h-12h à Lyon

6ème réunion de l’atelier « Volontariat »
Mercredi 31 mars 2004 17h30-19h30 à Lyon

ARRET SUR ECRITS – lundi 19 avril 2004 de 18h à 20h à Lyon
Séance présentée par Gaston Jouffroy et Hervé Chaygneaud-Dupuy autour de 3 ouvrages:
• La société civile, le troisième pouvoir ; Changer la face de la mondialisation. Nicanor Perlas – 2003
• Pourquoi la démocratie est-elle en panne? ; Essai sur la démocratie participative. Gérard Mendel – 2003
• La démocratie en miettes ; Pour une révolution de gouvernance. Pierre Calame – 2003

RENCONTRE PLENIERE – vendredi 2 juillet 2004 à Vézelay.

 

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