…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n° 8 – 22 janvier 2004

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 22 Jan 2004 —

L’actualité vue des Ateliers

Et si le rapport de Virville était le moyen de penser l’entreprise comme une clé d’accès à la citoyenneté…

« Utopique ! », « en décalage complet avec la réalité »… voilà bien les réactions que le titre de ce texte peut naturellement susciter. Une précaution, donc : je ne propose pas d’approuver en tant que telles les dispositions qu’il contient. J’invite en revanche à saisir la balle au bond, à en tirer des conséquences nouvelles (et pas forcément voulues par l’auteur). Un peu d’imagination ! On a bien vu hélas que les premières réactions au projet de créer un contrat à durée déterminée de 3 à 5 ans ne sortaient pas des a priori habituels : outil de flexibilité indispensable à l’entreprise d’un côté, mesure renforçant l’insécurité sociale de l’autre. Pourquoi ne pas penser à l’inverse que ce projet pourrait conduire l’entreprise à jouer ce rôle de clé d’accès à la citoyenneté, auquel elle semble pourtant tourner le dos depuis quelques années ?

Au cours de la dernière réunion de l’Atelier « Personne, entreprise et société », nous avons eu un échange sur cette proposition iconoclaste du rapport de Virville de créer un contrat de travail limité à une mission de quelques années. Rappelons le point de départ de notre atelier : opposer entreprise et citoyenneté ou au contraire les confondre sous le vocable d' »entreprise citoyenne » sont deux approches aussi stériles l’une que l’autre. Le rêve de certains de faire de la communauté de travail le principal lieu d’expression de notre socialité s’est évanoui avec l’émergence de l’entreprise flexible négatrice de toute logique d’appartenance (au moins dans les grands groupes). Le lien à l’entreprise, malgré tous les discours devient un lien temporaire, limité dans le temps mais également dans l’intensité de l’implication. Faut-il pour autant en déduire que la citoyenneté n’a rien à voir avec l’entreprise, que celle-ci est hors champ par rapport à la cité, que le salarié laisse à la porte de l’entreprise sa qualité de citoyen pour devenir l’outil docile par lequel s’effectue la production ? A l’évidence plus personne n’a cette vision de l’homme au travail mais sans pourtant en tirer toutes les conséquences.

Dans ce contexte, comment se saisir de la mesure proposée par de Virville ? L’idée est d’en faire le point de départ d’une négociation sur la place de l’entreprise dans la vie de chacun. Le contrat proposé fixe un cadre temporel réaliste à la relation que l’entreprise et le salarié peuvent nouer. Mais parce que l’entreprise ne prend plus en charge la sécurité que constitue la durée, elle doit permettre au salarié d’assumer lui-même son intégration durable dans la société. Pour Dominique Fauconnier qui a introduit une réflexion du même ordre dans l’atelier « Métier et citoyenneté », « faire face à l’incertitude est possible à condition que le contrat passé entre l’entreprise et ses salariés ne soit pas un contrat d'intégration et de dépendance, mais un contrat d'engagement et de prise de risque réciproque ». La culture de métier, qui permet l' »engagement de soi en situation incertaine », est pour lui le moyen le plus sûr d’accéder à cette autonomie. (voir ci-après une version du texte de Dominique Fauconnier retravaillée avec Guy Emerard, « l’avenir, une conséquence de notre confrontation au réel »)

Dans l’atelier « personne, entreprise et société », une autre voie, complémentaire, commence d’être explorée. Si l’entreprise n’est plus un lieu d’appartenance, elle doit pouvoir devenir un vecteur d’appartenance à la cité. Ce renversement de point de vue nous semble fondamental et ne doit pas être confondu avec la logique de responsabilité sociale, qui continue à voir l’entreprise comme une entité unique devant rendre des comptes à la collectivité. Notre approche part des personnes et de leurs valeurs, de leurs projets afin qu’ils puissent faire partie de la communauté des citoyens. Jusqu’à maintenant, l’entreprise ne se sentait pas concernée ; aujourd’hui elle a certainement intérêt à s’en préoccuper pour que ses salariés accèdent à une sécurité qu’elle ne peut plus garantir par le contrat à durée indéterminée. L’entreprise peut aider le salarié à construire sa propre sécurité grâce à des liens sociaux qu’elle aura contribué à tisser en dehors d’elle. Chaque salarié pourrait ainsi bénéficier d’un « droit à l’implication dans la vie de la cité » à négocier avec son employeur. Un équilibre devrait être trouvé entre ce que donne l’entreprise (l’organisation de contacts avec la vie associative, l’adaptation des horaires, le co-investissement de temps dans des activités sociales et formatrices…) et les modalités de réinvestissement de ce temps social dans l’entreprise.
Cette nouvelle approche de l’intégration sociale PAR l’entreprise et non DANS l’entreprise est à peine esquissée et nous continuerons à la travailler en atelier. Cependant le constat, fait vendredi dernier en comité d’orientation des Ateliers de la Citoyenneté, sur la place centrale que doit occuper l’entreprise dans nos réflexions si nous voulons toucher au cœur des réalités, m’a incité à partager sans attendre nos intuitions pour que chacun puisse y réagir, les amender ou les enrichir. Plus que jamais, vos réactions sont les bienvenues.

Hervé CHAYGNEAUD-DUPUY

Vie des Ateliers

Encore un retour sur la plénière de novembre

A noter : Pascale Puéchavy découvrait ce jour-là les Ateliers, ayant été invitée à participer trois jours avant à l’occasion d’une réunion des Initiales ! Son témoignage en est d’autant plus intéressant…

« …J'ai découvert ce jour-là une manière de penser, d'échanger et de s'engager qui ouvre des voies, pour moi inédites, de transformation.

Cette manière de penser c'est d'abord le langage avec lequel les membres de l'assemblée communiquent : un langage désencombré de formules prêtes à l'emploi, de préconçus et autres manichéismes idéologiques, un langage comme un outil d'extraction de sens mais aussi outil ciseleur du possible à vivre, ici et maintenant.
J'ai découvert, durant cette journée, combien le langage, quand il est travaillé comme « le geste utile » de l'artisan, crée une qualité particulière d'écoute – qui est la première fonction de l'échange- et crée aussi du plaisir, s'amuser avec les mots étant une démonstration de haute civilité, aussi précieuse qu'enjouée !

Cette civilité donne à voir la nature de l'engagement des membres des ateliers : le processus de transformation vient de l'intérieur, la posture affirmée est celle de l'auto-(trans)formation, nourrie par l'échange avec les autres. Cette dimension de l'engagement individuel m'apparaît essentielle, elle place chacun devant sa responsabilité, aussi inaliénable que son individualité, dans la construction du vivre ensemble.

Alors donc, à quelles entreprises sont attelés ces ouvriers de la citoyenneté ? Impossible pour moi de restituer la teneur de chacune mais je crois en avoir compris le cheminement, du balisage de terrain (passant par la sémantique et l'analyse des pratiques) aux pistes à tracer : par exemple en concevant d'autres outils d'évaluation (comme d'établir un bilan énergétique plutôt que monétaire de l'activité du paysan) que ceux communément employés aujourd'hui ou en reprenant des formes d'engagement qui ont fait leurs preuves, comme le volontariat chez les pompiers, afin de les étendre au champ social.

L'intervention de Dominique Fauconnier sur le métier comme condition de la citoyenneté a fait écho à une question qui me taraude personnellement : où loger sa condition de citoyen et que devient le sentiment d'être utile socialement quand on est sans travail ?
J'aimerais poursuivre l'échange sur cette question, la bouteille est lancée…

Je jubile encore aujourd'hui d'avoir été conviée à cette assemblée où penser à plusieurs comment mieux vivre ensemble devient un festin joyeux !

Pascale Puéchavy

Les séances à venir

Arrêt sur Écrits – lundi 26 janvier 18h-20h à Paris Bastille

3ème réunion de l’atelier « Lieux de consommation et citoyenneté »
Lundi 26 janvier 2004 12h-15h à Paris

4ème réunion de l’atelier « Métiers et citoyenneté »
Vendredi 20 février 2004 15h30-17h30 à Lyon
5ème réunion – jeudi 1er avril 10h-12h

5ème réunion de l’atelier « Personne, entreprise et société »
Vendredi 20 février 2004 12h30-15h30 à Lyon
6ème réunion – jeudi 1er avril 17h30-19h30

3ème réunion de l’atelier « Ruralité et citoyenneté »
Jeudi 12 février 2004 17h-19h à Lyon

5ème réunion de l’atelier « Information télévisée et citoyenneté »
Jeudi 26 février 2004 12h-14h à Lyon
6ème réunion – vendredi 2 avril 10h-12h

5ème réunion de l’atelier « Volontariat »
Mardi 24 février 2004 17h30-19h30 à Lyon
6ème réunion – mercredi 31 mars 17h30-19h30

PROCHAINE PLENIERE le vendredi 2 juillet et le samedi 3 juillet pour une suite amicale de la rencontre avec découverte du lieu d’accueil – Vézelay …

Les Ateliers de la citoyenneté
14 rue Basse Combalot – 69007 Lyon
04 72 76 23 04

 

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