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... et si nous débattions en “citoyens entreprenants” ?

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Domiciles fixes / été

Filed under: Domiciles fixes,Le blog,Non classé — Auteur : — 20 Sep 2006 —

 

   

Pendant la deuxième quinzaine de juillet je suis à Paris, accablée comme chacun dans la ville par la forte chaleur, mais je jouis d'un lieu où je peux me protéger du soleil en rabattant les volets et en descendant le store, où je peux me doucher, lire, dormir, manger comme bon me semble. A quelques pas de là, avenue du Général Leclerc, vivent quatre à cinq personnes sur le trottoir, non pas dans un campement provisoire mais dans un domicile en plein air équipé de lits, petits meubles, canapé, appareil à musique. Ils ne se sont pas abrités sous un porche ou sous un pont, ils n'occupent pas un recoin, une anfractuosité du bâti, non, ils habitent un morceau du trottoir. Je les vois discuter, assis sur le canapé, ou dormir, parfois un couple est enlacé dans le sommeil, pendant que l'appareil à musique joue un air d'été à la plage. Passer sur ce morceau de trottoir c'est comme

pénétrer dans une maison où vous n'êtes pas invité, comme traverser une chambre où dorment des inconnus, eux vous ignorent mais vous avez le sentiment d'entrer par effraction dans le plus profond de leur intimité.

  

Sur la même avenue d'autres personnes se sont aménagés d'autres domiciles en plein air, plus rudimentaires et en solitaires. Dans un autre quartier, le long du canal St Martin, j'aperçois plusieurs tentes sous un pont et aux alentours. Un bateau mouche passe sous le pont, ses projeteurs éclairent brusquement quelques personnes jouant aux cartes au milieu des tentes, elles agitent la main en réponse aux saluts que les touristes leur adressent.

  

Domicile : lieu habituel d'habitation dit le Larousse. Le trottoir équipé comme une maison, les tentes sur les berges d'un canal sont donc bien des domiciles, puisque étant des lieux d'habitation habituels, des domiciles aménagés sur l'espace public faute d'un espace privé à habiter.

  

J'apprends en lisant le journal que la Mairie de Paris a missionné deux associations pour persuader les habitants des tentes (distribuées par Médecins du monde cet hiver) de les abandonner et d'accepter des places dans des centres d'hébergement provisoire. Des personnes en charge de cette mission témoignent de leurs difficultés à la mener à bien. Elles constatent que les tentes ont permis aux personnes vivant dans la rue de s'aménager un espace à la fois privé (des affaires personnelles y sont rassemblées) et collectif (de la garde réciproque des effets personnels au partage de moments festifs) qu'elles ne veulent pas quitter. Avoir un espace privé constitué d'une simple toile protégeant des regards et de la pluie est donc plus précieux que d'être provisoirement hébergé dans un dortoir tout confort ?  Vivre en compagnie de ses pairs, batailler avec –ou contre- eux pour la survie mais aussi discuter, écouter de la musique et jouer aux cartes est donc plus précieux que d'être l'objet de la sollicitude de professionnels du social ?

  

Pendant cette deuxième quinzaine de juillet, dans la pénombre de mon appartement, je suis plongée dans la lecture de l’ouvrage de Jacques Rancière « Le maître ignorant ». J’y lis cette citation de Joseph Jacotot : « Sublime attribut de l'intelligence, la souveraineté de soi distingue l'homme de la brute ».

  

Pascale Puéchavy

 

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