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... et si nous débattions en “citoyens entreprenants” ?

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Apprendre à gérer l’énergie comme citoyen

Filed under: Energie,Le blog,Non classé — Auteur : — 16 Mar 2006 —

 


Le papier de Guy de la semaine dernière m’a inspiré quelques réflexions complémentaires aux siennes, que voici.
 

Les énergies fossiles ont été à la base du développement économique du monde depuis 200 ans: elles réunissent plusieurs caractéristiques très fortes qui expliquent leur succès.

D’une part, elles sont très concentrées: l’équivalent de 1 kg (soit 1.3 litres) de pétrole donne 12 kWh. La même énergie sous forme mécanique (énergie cinétique) est représentée par une masse de 100 tonnes à 100km/h ! Sous forme électrique il faut 300 kg de batteries pour la contenir, et sous forme thermique cela représente 200 litres d’eau chauffée de 50°C.

D’autre part elles sont facilement stockables: des cuves en acier suffisent pour le pétrole, un terre-plein pour le charbon… Seul le gaz demande un peu plus de « plomberie » mais aujourd’hui on sait faire sans problème. En comparaison, le stockage de l’hydrogène exige actuellement un réservoir de 20 kg pour stocker 1 kg d’hydrogène comprimé à 200 bars, équivalent à 1 kg de pétrole.

Enfin et surtout, elles sont peu chères: le kWh coûte 10 centimes d’Euro sous forme d’essence, 15 centimes sous forme électrique et 30 centimes sous forme de bois. Si nous devions payer un travailleur à pédaler au SMIC pour entraîner notre machine à laver ou une génératrice, celui ci nous fournirait 200 W x 1600 h par an soit 320 kWh par an pour un salaire annuel chargé de 20 000, ce qui remettrait le kWh à 62 €… Le faible coût dans l’absolu du pétrole tient au fait que celui-ci a longtemps été conçu comme une ressource inépuisable, et que les pays occidentaux ont tout fait pour contrôler leurs sources d’approvisionnement.

Ces trois caractéristiques expliquent le pillage actuel des ressources en hydrocarbures de la planète: on prédit que la moitié de ces ressources aura été consommée vers 2040-2050, alors que leur consommation continue de s’accroître avec la montée en puissance de la Chine et de l’Inde entre autres. L’approche de ce point symbolique se traduit déjà par le renchérissement (très relatif) auquel nous assistons depuis quelques années: croyons bien que cette tendance va croître et embellir dans les années qui viennent.

D’un côté c’est une très bonne nouvelle: en effet le déstockage brutal en 200 ans de milliards de tonnes d’une énergie chimique aussi concentrée que charbon, pétrole et gaz a dégagé d’une part des milliards de tonne de CO2, gaz qui participe au réchauffement de la planète, et d’autre part des milliards de milliards de calories, chaleur qui participe aussi au réchauffement de la planète… La fin prévisible de cette gabegie est donc « une ardente obligation »: ne reste à souhaiter qu’elle intervienne le plus vite possible. « Dans l’absolu », vive le litre d’essence à 10€ ou à 50 € le litre ! La voiture donnée en prime pour l’achat de 10 pleins d’essence !

De l’autre côté, c’est une très mauvaise nouvelle: comment nos économies occidentales peuvent-elles s’adapter à la fin d’une énergie aussi abondante, facile et économique ? Pire, comment le reste du monde, c’est à dire la majorité, peut-il espérer accéder à un niveau de vie « moderne » si l’énergie devient rare et chère ? Et n’espérons pas nous en sortir en considérant que les modes de vie ancestraux (portage des outres d’eau, débitage du bois à la hache, lavage du linge dans la rivière, éclairage à la lampe à huile, chauffage devant l’âtre, etc…) peuvent massivement retrouver du charme par magie … N’espérons pas non plus que la baguette magique de la technologie nous sortira par surprise de son chapeau une solution miracle: la fusion nucléaire en est encore au stade du montage d’expériences tout à fait incertaines, les autres idées n’existent qu’en science fiction, et d’une façon générale, toute technologie met au moins 30 ans à mûrir après qu’on l’ait inventé ==> pas de solution de masse disponible sur étagère avant 50 à 100 ans !

Alors, quelles sont les voies ouvertes pour disposer d’une énergie sans effet pervers et en quantité suffisante à l’échelle de la terre ?

Il n’y a bien sur pas de réponse rapide et facile, et c’est bien en cela qu’une démarche collective de réflexion et de transformation de notre monde et de nous-mêmes dans ce monde, bref une démarche citoyenne, est nécessaire.

En effet il y a beaucoup de possibilités mais aucune n’est suffisante à elle seule: toutes apportent des solutions magnifiques mais limitées. Aucune ne sera aussi concentrée, facilement stockable et aussi économique que le pétrole…

Tout d’abord, la façon la plus simple de réduire la production nécessaire est de… limiter notre consommation: moins utiliser sa voiture, moins manger de viande rouge, baisser le thermostat du chauffage de sa maison, autant d’actes qui font facilement baisser la consommation d’énergie primaire de 10 à 40 %. Dans ce sens, on pourrait légitimement accuser de « dilapidation de l’héritage énergétique mondial », le bobo qui roule en Porsche Cayenne, qui n’imagine pas un repas sans côte de bœuf et qui part aux Seychelles dès qu’il a trois jours de congés…

Ensuite, les sources d’énergie ne faisant pas appel au pétrole sont nombreuses: l’éolien, l’hydraulique, le solaire, la géothermie, la production de biomasse pour la combustion sont des techniques souvent parfaitement mises au point, mais dont aucune ne peut concurrencer un kWh à 10 centimes d’euros… En ce sens, l’augmentation des tarifs du pétrole est une très bonne chose car elle restaure la compétitivité économique des autres solutions.

Enfin, ces sources alternatives ont une double vertu. D’une part, elles forcent à gérer au lieu de consommer: on fait plus attention à ce qui reste du tas de bois qu’on a coupé soi-même qu’on ne se soucie du niveau de fuel de la cuve du chauffage central collectif ! D’autre part, elles privilégient l’emploi: leur construction, leur réglage et leur maintenance demandent plus de travail que l’extraction quasi automatisée du gaz russe par exemple, et ce travail est fourni local. Le plombier polonais ne donne pas de rendez-vous avant le mois prochain…

On peut donc penser aujourd’hui qu’une réunion de moyens très diversifiés, dont une part de pétrole et même de nucléaire, alliée à une réduction de notre consommation permettraient d’atteindre (plus ou moins vite et bien…) un nouvel équilibre plus respectueux du long terme tout en étant économiquement jouable.

Mais toutes ces possibilités ne sont pas encore vécues dans nos têtes comme de « vraies » exigences : pourquoi remettre en cause des façons de faire qui ont le mérite de marcher et d’être encore économiquement très supportables, même si on sait intellectuellement qu’elles ont peu d’avenir ? Aucune loi ne peut nous forcer à cet abandon et c’est bien en cela que le travail à faire constitue une démarche citoyenne : formation pour maîtriser les éléments utiles, réflexions et débats alimentant notre fameux « discernement collectif » et bien sûr aussi, mais pas que, travail vers le monde politique pour le pousser à prendre les macro-mesures utiles à l’échelle nationale, européenne et mondiale.

Dans ce sens, il me semble qu’il serait utile de produire collectivement au sein des Ateliers un premier manifeste sur les points dont nous sommes déjà sûrs : impasse écologique de « l’économie tout pétrole », existence de solutions alternatives, nécessité de concevoir des scénarios mixtes, besoin d’une formation sociale à ces questions. L’atelier « déplacements » travaille déjà sur ces idées et imagine la production d’une BD sur ces thèmes.

Un dernier mot autorisant l’optimisme sans méconnaître pour autant la nature fondamentalement dramatique de l’histoire : à l’instar d’Alain de Vulpian, je suis frappé par l’irruption puis l’enracinement en moins de quarante ans d’attitudes et d’idées qui étaient jugées stupides, utopiques ou tout simplement inutiles quand j’étais ado : écologie, parité hommes/femmes, antiracisme, Internet… En écologie, René Dumont buvant un verre d’eau pour la campagne électorale de 1974, le Club de Rome critiquant le principe d’une croissance infinie, avaient bien raison et leurs prédictions se sont avérées justes. Soyons donc bien sûrs que tout effort d’imagination et de construction, aussi petit soit-il, influence la construction de l’avenir: cela s’appelle en physique « la sensibilité aux conditions initiales » et c’est une excellente raison de se bouger les fesses !

Sur toutes ces questions je vous recommande le site http://www.manicore.com/.
Jean-Pierre Reinmann

 

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