…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lyon capitale 7 juillet 2004

Filed under: Revue de presse — Auteur : — 7 Juil 2004 —

Hervé Chaygneaud-Dupuy, innovateur sociétal

Les révolutions d’Hervé

Petites lunettes sérieuses et regard joyeux du découvreur à la Géo Trouvetout, l’agitateur d’idées Hervé Chaygneaud-Dupuy exerce sa passion du débat à travers ses deux bébés : l’agence de Com’ Kasumi-Tei et l’association « Les Ateliers de la citoyenneté »

photoHervéLyonCap

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?

Hervé Chaygneaud-Dupuy : je n’ai pas peur d’être iconoclaste. Je ne suis jamais totalement satisfait de ce que je vois, lis ou entends. J’aime décortiquer une phrase de PPDA au JT : tout ce qu’il dit n’est pas faux, mais ce n’est jamais suffisant pour comprendre.

Quel est votre parcours ?

Il y a vingt ans, j’ai travaillé un an au service communication de l’Église catholique, à Paris. J’avais la foi, ça a failli me dégoûter de la religion : il y avait trop de luttes de pouvoir, de querelles de chapelles. C’est une parenthèse dans ma vie, qui s’est refermée et dont j’ai beaucoup de mal à reparler.

C’est un traumatisme ?

C’est perturbant. Inconsciemment, j’ai laïcisé mon engagement en montant il y a deux ans les « Ateliers de la citoyenneté », un réseau de personnes qui cherchent à développer l’idée d’une citoyenneté plus entreprenante, un espace de travail entre club de réflexion et lieu de formation mutuelle. C’est étonnant de voir comme notre vocabulaire est marqué par une origine religieuse. Le discernement, par exemple, l’idée qu’il faut prendre du temps pour construire une opinion, s’écouter sans chercher à se convaincre. On le retrouve dans les exercices d’Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites, qui visent à ne pas avoir la foi du charbonnier mais à avoir du recul sur sa propre pratique.

Quelle autre valeur chrétienne retrouvez vous dans vos ateliers Citoyens ?

La fraternité, qui est aussi le parent pauvre de la devise républicaine. Quand les relations sont basées sur la gratuité, la non-compétition, une fraternité s’installe très vite entre des gens qui ne se connaissaient pas. Plusieurs participants viennent du monde associatif et nous disent qu’ils trouvent pour la première fois une vraie liberté d’expression. Je pensais naïvement que les associations fonctionnaient sur ce modèle. Pas du tout. Les gens qui nous ont rejoints nous disent qu’on y est souvent enfermé dans une idéologie, avec la certitude d’avoir raison contre tous et donc d’avoir un combat à mener même ceux qui ont les meilleurs intentions du monde, qui veulent s’occuper des parents d’élèves ou imaginer des lieux éducatifs ! Le monde associatif, est souvent aussi un repère d’ego, qui n’ont pas réussi à exister dans le monde de l’entreprise.

Ce n’est pas votre cas. Vous êtes à la tête d’une agence de com »…

Le mot « communication’ ne me convient plus. Les clients nous voient comme des vendeurs, de plaquettes de com’ et les autres, comme de méchants manipulateurs. C’est sans doute souvent ça. C’est pourquoi j’ai mis sur ma carte: « Assistance à l’innovation sociétale » Les gens ne comprennent pas, ça permet de discuter sans a priori. Je conçois mon métier et mon engagement citoyen de la même manière : j’aide les gens à se poser les bonnes questions.

Quelle idée nouvelle avez-vous développée dans vos ateliers de la citoyenneté ?

On s’est par exemple posé la question: comment faire en sorte que les salariés puissent s’impliquer dans la vie de la société, sans que ce soit du bénévolat interstitiel, quand ils ont le temps ? Il faut que cela intéresse aussi l’entreprise. Le bénévolat peut être un peu d’apprentissage de compétences, de capacité d’autonomie, de prise d’initiative, d’encadrement d’équipe, d’organisation, de motivation. Ce sont des domaines où on progresse peu quand on est salarié. Certains chefs d’entreprise l’ont compris et élaborent des partenariats avec de grosses associations ou des ONG. Mais ce sont généralement des initiatives descendantes, du patron vers le salarié, et limitées à de grands groupes, comme Schneider ou Pinault-Printemps-La Redoute. C’est pour cela qu’on a gravement loupé les 35 heures. Tout le temps libéré a été réinvesti dans le repos et les tâches ménagères. C’est du gâchis sur le plan social.

Sarkozy a annoncé son intention de revenir sur les 35 heures, c’est peut-être l’occasion de renégocier.

Je ne crois pas que ce soit son idée (rires). Mais j’étais favorable au rapport Virville, qui a été trop vite enterré, sur la création d’un contrat de mission de plusieurs années. Le CDI, l’engagement à vie dans une entreprise n’existe plus, on se trompe de combat! Ce type de contrat aurait pu permettre de négocier différemment, de dire : « Je suis là pour trois ou quatre ans, voilà mon projet mes objectifs avec vous, dans et hors de l’entreprise. » Ça donnerait beaucoup d’autonomie. J’aime bien tout ce qui ne crée pas de dépendance.

Les débats publics qui sont mis en place, par exemple celui sur le contournement de Lyon, sont-ils de bons modèles ?

Ce sont typiquement des débats qui ne marchent pas. Les gens viennent défendre des thèses, pas chercher ensemble des solutions. À la télé, c’est toujours ça. Sur le voile, par exemple, c’est toujours : qui va l’emporter ? Le vilain intégriste musulman ou le bon républicain laïc ? L’intérêt c’est de les faire discuter – mais pas s’affronter – avec d’autres. En politique il faudrait que les décisions soient prises après une discussion approfondie avec des gens ordinaires, qui entendent tous les arguments mais sans opinion préétablie sur le sujet.

N’est-ce pas une négation de la démocratie, qui implique des débats contradictoires des projets différents et à la fin, des électeurs qui tranchent ?

La démocratie ne fonctionne plus. C’est comme un ressort détendu, vous avez beau le resserrer, il est foutu. Il faut en changer. L’exécutif – le président, les maires – élu au suffrage universel, c’est très bien, car il faut de la vision en politique : mais, en face de lui, il faudrait une assemblée réellement représentative de la société. Je pense que le tirage au sort des députés est la meilleure solution. La politique, ça devrait être une discussion permanente entre la vision politique de l’exécutif et la vision sociale des simples citoyens. Je suis traité de fou quand je dis ça, mais ce n’est qu’une réinterprétation de ce qui a existé à Athènes pendant plusieurs siècles.

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Pourquoi un député tiré au sort serait-il meilleur qu’un député élu ?

C’est effrayant que dans une démocratie, on ait aussi peur des citoyens. Face à un sondeur, les gens disent n’importe quoi, parce que cela ne prête pas à conséquence. Mais quand ils ont une responsabilité, ils font plus gaffe. La pertinence, ce n’est pas une question d’expertise. Il y a des députés qui ne connaissent rien à rien, d’autres qui sont enfermés dans leur expertise, et qui du coup ne sortent jamais du cadre, n’innovent pas, et dégoûtent les citoyens de la politique. Ce que je dis est aujourd’hui utopique, mais cela permet de poser les bonnes questions : qu’est ce que la démocratie, le pouvoir du peuple par le peuple ? Quelle est la Place des citoyens ? Est-ce que ce n’est pas nier la démocratie que de s’en remettre systématiquement à des experts ?

Les conseils de quartiers sont-ils un bon début ?

Cela déçoit les gens, car on ne leur a donné aucune responsabilité. Sur les 9000 inscrits des premiers jours, combien sont restés ? Il y a plein d’exemples à prendre dans le monde entier : Porto Alegre, bien sùr, mais aussi Villa el Salvador, les systèmes de santé communautaires du Mali -les forums sociaux au Québec.

À qui aimeriez-vous remettre une médaille ?

À Jacques Testard, grand scientifique, capable de s’incliner devant l’intelligence collective des gens ordinaires. Il a organisé un débat avec des citoyens sur le réchauffement climatique et, à la fin, a lâché : « Je me suis réconcilié avec le genre humain ».

Des claques à distribuer ?

À tous ceux qui ont la certitude d’avoir raison tout seuls, et donc à moi de temps en temps !

Que pourriez-vous faire sur un coup de folie ?

Tout plaquer pour faire balayeur et me libérer la tête. Gamin, j’adorais balayer les feuilles du jardin. Ça me donne l’idée un coup de gueule contre ces souffleuses de feuilles qui font un bruit épouvantable, consomment de l’énergie, polluent tout ça pour s’occuper de l’environnement !

Si vous aviez un livre à écrire ?

Je viens d’écrire une politique-fiction de cinquante pages, imaginant l’histoire des députés tirés au sort. Avis, je cherche un éditeur (rires)

Propos recueillis par Raphaël Ruffler

 

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