…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n°53 – février 2008

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 26 Fév 2008 —

Un mot de notre nouveau président. Deux expériences pour tenter de dégager une parole qui compte. Une proposition de blog de la citoyenneté. Un texte d'humeur sur notre rapport à la réalité. Voilà le menu, bonne lecture !

Ateliers version 2

Le conseil d’administration élu par l’assemblée générale du 12 janvier dernier m’a désigné le 7 février comme président des Ateliers, prenant ainsi la suite de Philippe de Logivière. Christel Décatoire est notre nouvelle trésorière et Ludivine Dequidt, la secrétaire de l'association. La première phase de 6 ans, qui s’est refermée fin 2007, a été marquée par un fonctionnement « en réseau » dont le centre a été Hervé Chaygneaud-Dupuy, principal animateur et cheville ouvrière de ce réseau.

La phase qui s’ouvre devant nous maintenant sera associative dans son essence: nous faisons le pari que le réseau créé pendant ces 6 ans peut libérer assez d’énergie et émerger comme une entité propre s’appuyant sur des animateurs « majeurs et vaccinés », parmi lesquels bien sûr Hervé lui-même, intéressés à la création d’une nouvelle association forte et vivante. Entre autres taches, cette association devra trouver de nouvelles bases matérielles pour assurer sa vie financière. De nombreuses pistes sont à l’étude à travers le travail de plusieurs groupes de réflexion: je salue les membres de ces groupes et aurai à coeur de coordonner leurs travaux afin que naissent à l’issue de cette année de transition les « Ateliers version 2 ».

Jean-Pierre Reinmann

Donner du poids à la parole

Deux exemples récents, l'un très simple, l'autre assez ambitieux qui tous deux tendent à redonner du poids à la parole. Nous le disons ici souvent : la parole argumentée est la brique de base de la démocratie.

Les centres sociaux en procès
Nous avons été plusieurs, aux Ateliers, à réfléchir à la forme du procès d'assise pour construire un débat public de qualité. Les Centres sociaux du Rhône ont réalisé l'expérience en se mettant eux-mêmes en procès. Devant plus de 250 personnes, le 24 janvier dernier, de vrais magistrats et de non moins vrais avocats ont consacré une longue soirée à auditionner témoins à charge et à décharge, avant de livrer leurs plaidoiries puis leur verdict avec le jury tiré au sort dans l'assistance. Les chefs d'inculpation n'étaient pas fantaisistes mais relevaient d'un travail d'analyse des griefs ordinairement faits aux Centres sociaux : détourner les subventions publiques à leur seul profit, maintenir des formes de discriminations au sein des publics qui bénéficient de leurs services, s'enfermer dans des logiques gestionnaires plutôt que de développer le « pouvoir d'agir » des habitants. Intervenant comme témoin à charge sur cette dernière question, j'ai pu mesurer à quel point on se sent obligé de faire preuve de discernement dans son propos. Le procès avait beau être fictif, je ne jouais pas un rôle, j'essayais honnêtement d'apporter mon éclairage sur la capacité des gens à agir en citoyens.
Même trop nombreux, même parfois malhabiles, les témoignages étaient écoutés avec une attention renforcée par la dramaturgie du procès, ponctués par les effets de manche des avocats et les pointes assassines du procureur. Par dessus tout ce qui nous maintenait dans l'histoire, c'était l'incroyable présence de la présidente du tribunal qui conduisait les débats avec une rigueur et une humanité sans faille. Chapeau Madame !
Une expérience à renouveler !

Des « causeries » à domicile
A côté des mois de travail exigés par la mise en place de ce procès, la modestie de l'autre expérience pourra paraître sans rapport. Elle relève pourtant pour moi de la même tentative de redonner du poids à notre parole. Claudine Delerce * a inauguré depuis un an des rencontres mensuelles à son domicile qu'elle nomme « causeries ». Le principe est on ne peut plus simple : un thème, quelques amis et amis d'amis, une plage horaire assez longue de 21h à minuit. La conversation s'engage à partir des expériences de chacun et non d'opinions générales. La rencontre consacrée à l'art n'était ainsi pas un débat pour ou contre l'art contemporain mais « qu'est-ce que l'art apporte à ma vie personnelle ». Ces rencontres sont nées en fait de la frustration partagée de ne jamais aller au bout d'une conversation au cours des diners entre amis. Qui en effet n'a pas fait l'expérience de ces dîners où un début de débat intéressant se trouve interrompu subitement par un participant qui trouve que le sujet va plomber l'ambiance… et on en revient bien vite aux sujets sans risque des dernières vacances ou du restaurant où il faut absolument aller dîner. Ceux et celles qui viennent aux causeries de Claudine savent que l'on ne lâchera pas le morceau même lorsque le débat s'animera. Tous les points de vue sont admis tant qu'ils sont exprimés dans le respect de l'opinion d'autrui.

Je vois à ces conversations un triple intérêt : comme exercice rhétorique alors que dans la vie professionnelle et sociale beaucoup d'entre nous ne trouvent plus d'espace de parole ; comme moment de discernement sur un sujet donné (nous savons bien aux Ateliers, l'extraordinaire richesse du simple croisement des points de vue sur une question donnée dès lors qu'on nourrit ses propos de son vécu et pas seulement d'opinions toutes faites que l'on reproduit) ; enfin et surtout comme moment de rencontre avec des personnes que l'on ne connaît pas mais dont on perçoit intuitivement qu'elles sont parties prenantes d'un même réseau d'humains engagés dans le vaste mouvement d'évolution du monde. On ressort de ce type de rencontre avec un sentiment d'humanité partagée.

On ne peut s'empêcher d'imaginer le déploiement d'une telle initiative, si simple à mettre en place ! Il s'agirait de cartographier la diffusion et de présenter sur un site internet où il est possible de participer à une « causerie » le week-end suivant à proximité de chez soi ! Une piste à creuser ?

Hervé Chaygneaud-Dupuy
* : Rencontrée il y a quelques mois, Claudine Delerce anime une association de chefs d'entreprises un peu dans le même esprit que les Ateliers avec des groupes de travail qui ne sollicitent pas a priori d'experts mais nourrissent leur réflexion du partage de leurs expériences.

Un blog de la citoyenneté ?

Nous restons –on l'a vu aux dernières présidentielles- l'un des peuples les plus entichés de politique. Tant mieux ! A condition d'admettre que nos opinions politiques ne sont pas des appartenances comme il en irait d'une religion ou, pire, d'une ethnicité. Car alors, en tant que citoyen, il devient possible d'adopter la posture du philosophe. Lequel … « ne s'intéresse pas au pouvoir de la même façon que l'homme politique » mais « cherche à creuser l'idée de pouvoir…. »
C'est dans cet esprit que fonctionnent les « Ateliers de la citoyenneté ». Il s'agit d'approfondir, toujours et encore, « l'idée » de citoyenneté, d'apprendre et sûrement pas de donner des leçons. Pour devenir citoyen comme on devient philosophe. Les citoyens, comme « les philosophes peuvent toucher à des tas de domaines sans être des spécialistes »…des sciences politiques. « Ce qu'ils cherchent c'est la meilleure définition possible de chaque idée. »
Et tout ça pourquoi ? Pour… « vivre, tout simplement pour vivre ! Les idées ne sont pas un domaine à part…. les idées commandent les actions, les comportements, les façons de vivre. ». … « la question est de savoir comment vivre mieux »… en société. … « De façon plus humaine, plus intelligente, plus intense. »
Ces quelques phrases ont été volées à Roger-Pol Droit dans son petit livre sur « La philosophie expliquée à ma fille ». Pas plus que philosophe, on ne naît pas citoyen, on le devient. Pour ce faire, la philosophie (ou le discernement, c'est au fond la même chose) peut nous fournir non pas la solution mais la méthode. Celle du dialogue et de l'argumentation Et comme les français sont devenus les plus grands blogueurs du monde, n'est-il pas naturel de lancer un blog de la citoyenneté ?

Guy Emerard

Le groupe de travail sur le site Internet a repris à son compte cette proposition de Guy Emerard. Bientôt donc des évolutions de notre présence sur Internet !

Quand la réalité nous échappe…

La pression augmente dans la plupart des activités humaines, accentuant une impression de stress et d'impuissance, les promesses politiques se font à la fois plus fortes et sont simultanément moins tenues, la communication et les médias dérivent de manière générale vers une simplification de l'information et une distanciation d'avec la réalité, l'individu a plus de difficulté à simplement être conscient de son environnement, et a fortiori à pouvoir être utilement critique et constructif. Le constat est certainement à nuancer mais chacun en fait l'expérience à un moment ou à un autre.

Dans ce contexte, l'individu perd ses capacités d'engagement dans la réalité qui est la sienne. Il est souvent plus facile d'avoir une discussion sur le Darfour que des propositions concrètes sur l'amélioration du cadre de vie proche dans son propre quartier.

Il se dégage de ce contexte un sentiment d'impuissance, une sorte de schizophrénie entre la vraie vie et l'analyse du monde, une fuite vers les opinions générales tranchées, sans conséquences concrètes. Le discours remplace l'action, la boucle de retour de la justesse de l'action n'existe plus, permettant le renforcement des opinions caricaturales, sources de tensions et d'incroyables frustrations.

La perte progressive du sens des responsabilités en est la conséquence logique. Les possibilités de bonne conscience abondent, d'autant plus que la médiatisation des grandes causes donne le sentiment de réellement participer de la gestion du monde. Que ce soit le Téléthon ou les dons aux victimes de typhons ou de tsunamis, là aussi la distanciation aux problèmes concrets se renforce. Il n'y a rien à balayer devant ma porte, simplement parce que je peux me permettre de ne plus la voir…

On dit toujours que la maladie mentale commence avec la perte de contact d'avec la réalité… : on est mal partis !

Heureusement des initiatives cherchent à contre balancer ces tendances. Toutes se basent sur un principe fort : le vrai changement viendra de chacun d'entre nous. Un petit changement solide et ancré dans notre environnement direct vaut infiniment plus qu'une bonne opinion qui restera de toute façon lettre morte. Simplement parce qu'il s'incarne. Pour l'individu qui le met en œuvre d'abord : il est source de vraies satisfactions, il se mesure, s'apprécie chaque jour, donnant du sens à la vie, contribuant à ce qu'on appelle le bonheur. Pour son entourage ensuite. L'effet moteur est réel : si mon père, mon voisin, mon employé, mon boulanger ou mon professeur peuvent le faire, pourquoi pas moi ? Car j'en vois les résultats, et je peux comprendre comment moi aussi je pourrais créer du vrai changement « qui se touche ». Il suffit de s'y mettre. De pratiquer la réalité et la complexité qui nous entourent, de se les réapproprier, de les démystifier, de les changer pour notre bien individuel et collectif.

Guy Vandebrouck

Guy Vandebrouck est un compagnon de longue date des Ateliers dont il suit à distance les évolutions (il vit à Lausanne). Ce texte, rédigé rapidement pour un autre usage, m'a semblé, malgré (ou à cause de) ses raccourcis, intéressant à publier. On peut le commenter ! HCD

Documents joints (pdf) :

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Un commentaire »

    je rebondis sur cette phrase de Guy Vandebrouck :

    « le vrai changement viendra de chacun d'entre nous »

    à propos de dernier salon « Primevère » qui s’est tenu fin février à Eurexpo Lyon : des centaines, des millers de personnes qui veulent vivre et vivent autrement pour beaucoup, un autre monde pendant trois jours … cette envie d’agir contre les « bio/agro/nécro carburants » décelée pendant la superbe conférence de Nicolini. j’avais envie de crier dans le micro baladeur : regardons cet immense parking rempli de centaines de voitures et ces quelques vélos accrochés à la dizaine de barrières qui leur étaient dévolues, voyons ces bus qui arrivent souvent vides : quelle contradiction ! c’est vrai le changement ne peut venir que de chacun d’entre nous.
    MAIS on pourrait faciliter ! ce genre de manifestation pourrait très bien se dérouler dans un lieu plus central de Lyon … imaginons.

    Comment by hamant — 16 mars 2008 @ 10:50

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