…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Débat en magasin « Habitat sain » – Leroy Merlin Lesquin (Lille) 6 mars

Filed under: Les réunions récentes — Auteur : — 24 Mar 2008 —

Habitat sain,
Quels produits
Et quelles énergies ?

Bien sûr nous souhaitons tous, dans l’idéal, bâtir et aménager un habitat qui conjugue toutes les vertus : respectueux de l’environnement, sain pour ses habitants et le moins onéreux possible dans sa construction comme dans son fonctionnement. Mais comment concilier qualités environnementales, préoccupations sanitaires, efficacité et rentabilité ? Les arguments se multiplient et souvent se contredisent ; l’information est diffuse, partielle ; la réglementation est confuse et en perpétuelle évolution… Bref, le choix des produits et des énergies pour la maison relève du casse-tête, dès lors qu’on cherche à y intégrer les questions de santé et de confort

L’habitat sain : une définition… très relative

L’architecte Frédéric Leconte est un précurseur dans le domaine de l’habitat durable : voilà près de 20 ans qu’il construit des maisons écologiques, et des bâtiments comme le lycée vert de Calais, le premier en France, voulue par la région Nord/Pas-de-Calais. On ne parlait pas encore de HQE, la Haute Qualité Environnementale : « la HQE, c’est un grand sac dans lequel on a mis toutes les préoccupations apparues successivement, explique-t-il. D’abord les nouvelles énergies, à partir de la crise du pétrole dans les années 70 ; puis les problèmes de santé autour des peintures au plomb, de l’amiante ou du radon ; ensuite les questions de confort acoustique et visuel et enfin les questions d’environnement relatives à la gestion des chantiers et des déchets ». Aujourd’hui, la démarche HQE établit 14 cibles, largement en interactions les unes avec les autres, dont 3 cibles Santé (conditions sanitaires, qualité de l’air, qualité de l’eau) et 4 cibles Confort (hygrothermique, acoustique, visuel et olfactif). Pour l’architecte, l’intérêt est aussi désormais de parvenir à concevoir et à construire un habitat passif, c’est-à-dire totalement autonome en énergie, sans apport extérieur, à l’instar d’un chantier de 44 logements HLM passifs qu’il mène à Lille.

Odile Massot est quant à elle experte des questions de santé et d’environnement, de pollution intérieure et extérieure à l’habitat. Biochimiste et endocrinologue, elle souligne avec force que la notion même d’« habitat sain » est tout à fait relative, sans définition absolue : « aujourd’hui une partie de la population naît plus sensible à certaines agressions, notamment respiratoires, alors que d’autres, enfants de la campagne par exemple, ne sont pas allergiques. L’origine des pollutions est complexe : il faut donc en premier lieu savoir qu’existent des risques, et ensuite connaître les moyens, parfois fort simples de les éviter ». Pour autant, la quête d’un habitat sain est essentielle, car le bâti est le premier environnement de l’homme, celui où il passe désormais le plus de temps.

Des risques potentiels multiples

Dans son tour d’horizon des problématiques de santé, Odile Massot rappelle qu’un bâtiment sain dépend de quelques grands facteurs initiaux :
-la qualité de la construction et des systèmes installés (chauffage, ventilation, électricité, aspiration des poussières…)
-les équipements domestiques (électroménager et informatique)
-les produits d’entretien (nettoyage, désodorisants, pesticides…)
-l’activité des habitants (respiration, sudation, tabac, animaux domestiques…).

Dans la vie du logement, on peut ensuite lister les principaux polluants biologiques :
-les blattes, attirées par humidité et chaleur, aux déjections allergisantes
-les moisissures, qui exacerbent l’asthme. Elles se développent avec l’humidité, à partir de 60% d’hygrométrie. En diminuant ce taux sous les 50%, on s’en débarrasse aisément.
-les acariens, eux aussi aux déjections allergisantes : pour les faire disparaître, il convient de descendre sous les 45% d’hygrométrie et de ne pas dépasser les 19°C.
-les poils d’animaux domestiques.
Enfin, les principaux polluants chimiques générés par nos activités domestiques sont aussi bien repérés : le dioxyde de carbone (CO2), le monoxyde de carbone (CO), le dioxyde d’azote (NO2), les composés organiques volatils (COV) et les particules fines (dans les pesticides et les fibres par exemple).

Pour Odile Massot, il convient aussi d’insister sur notre confort thermique, autrement dit les modes de chauffage que nous utilisons et les risques qu’ils comportent :
-le chauffage électrique a pour inconvénient de produire un air sec et de déplacer les poussières dans l’air. Il est aujourd’hui en net recul : en 1985, il concernait 75% des constructions neuves, pour moins de 50% aujourd’hui.
-le chauffage au charbon, dont on connaît les intoxications au monoxyde de carbone, quatre fois plus nombreux dans le Nord qu’ailleurs.
-le pétrole, source de brûlures et d’intoxications.
-le bois enfin, promu sur le plan énergétique mais demandant quelques précautions sur le plan sanitaire.

Une bonne installation pour le chauffage au bois

Si le bois bénéficie en effet d’un a priori écologique positif, il a néanmoins des caractéristiques contradictoires : il est 5 à 10 fois plus performant que les autres énergies (fuel, électricité, gaz) pour ses faibles émissions de gaz à effet de serre (GES) mais il émet beaucoup plus d’autres polluants : CO, COV et particules fines. Face à ces risques, une bonne installation est donc indispensable, en particulier sur les points suivants :
-un apport d’air suffisant
-des conduits de cheminée bien entretenus, avec a minima une vérification – obligatoire – par an
-des appareils domestiques bénéficiant du label Flamme Verte (bon rendement énergétique et faible niveau d’émission de CO)
-une chaudière bien dimensionnée (si elle est surdimensionnée, elle fonctionne au ralenti et laisse des imbrûlés polluants).
Il convient également d’être attentif à la qualité du bois, qui doit être peu humide, comme la norme NF le garantit. Attention par ailleurs à ne pas brûler n’importe quel bois de récupération (bois collés, traités, de chantier) : ils peuvent être nocifs.

Parmi tous ces risques potentiels, Odile Massot insiste particulièrement sur le danger insidieux des particules fines issues de la combustion, aux incidences sanitaires multiples, des plus bénignes (irritations, réactions allergiques plus fortes) aux plus graves (maladies cardio-vasculaires, cancers du poumon). On compterait ainsi 386 000 décès prématurés en Europe par an. Il existe bien des filtres à poussières fines, qu’on installe sur les cheminées et qui fixent les particules… mais elle regrette qu’ « un seul modèle existe, pour un coût de 1400 euros… ».

Des gestes de précautions simples

« Pas de catastrophisme », sourit toutefois l’experte, face à ces listes de risques aussi rebutantes que celle des effets indésirables dans une notice de médicament. Des comportements simples réduisent déjà ces risques à peu de choses : un bon entretien des appareils, des habitats propres et bien sûr régulièrement aérés.
Aérer la maison est donc un impératif de santé. En ouvrant la fenêtre, on gagne en bien-être sans perte d’énergie importante dans le logement : on obtient une sensation de fraîcheur rapide, alors que les murs intérieurs, par inertie thermique, gardent l’essentiel de leur chaleur.

Informations et règlementations confuses

A partir de ces éléments, comment s’informer ? Comment la réglementation s’applique-t-elle ? Avec quelles exigences de qualité ? Pour la qualité de la construction, un premier écueil apparaît : il existe des critères de performances sanitaires, mais ni vérification obligatoire ni information rigoureuse, hormis pour les matériaux en contact avec l’eau courante. « Dans les avis techniques, la santé est peu prise en compte », se désole Frédéric Leconte ; « il est très difficile d’obtenir des fiches techniques détaillées », renchérit Odile Massot. De ce point de vue, l’architecte précise en revanche que la démarche HQE intègre des données sanitaires, et que cette certification comprend des fiches de données claires sur la radioactivité, les champignons, les bactéries…

Quant aux règlementations, on peut se réjouir qu’elles deviennent de plus en plus exigeantes sur les questions de santé – environnement. Sur les particules fines par exemple, une directive européenne et des mesures nationales sont attendues. Mais les réglementations diverses souffrent d’un manque d’harmonisation, et parfois de réalisme évident. Odile Massot donne l’exemple des formaldéhydes (COV présent dans les fumées de tabac, bougie, cheminée à foyer ouvert…) : L’OMS recommande un maximum de 100 g/m3, l’Union Européenne de 30 g/m3… Et la France exige un maximum de 10 g/m3, or dit-elle, « aucun industriel n’est à ce niveau, on ne sait pas faire, la norme est trop exigeante ! ».

Des clients perplexes

Difficile de s’y retrouver donc, les clients profitent du débat pour explorer le sujet. L’un d’entre eux s’interroge sur la maison saine en terme d’inertie thermique, c’est-à-dire la capacité des murs à emmagasiner la chaleur et à la restituer ensuite. Là-dessus, pour Frédéric Leconte, on s’est lourdement trompé en privilégiant longtemps l’isolation à l’intérieur par des matériaux inadaptés : « pour une maison saine, il faut privilégier l’isolation par l’extérieur, par exemple à base de terre crue ou de terre cuite ».
Des questions émergent aussi sur les vitrages : « le verre, matériau sain ? ». « Matériau neutre et non polluant », rassure Frédéric Lévy, le directeur du magasin. Un participant souhaite ouvrir une grande baie vitrée en façade sud de sa maison et s’interroge sur l’argon, un gaz utilisé en double vitrage (entre les deux vitres) pour atténuer les échanges de chaleur entre l’intérieur et l’extérieur. L’architecte apporte une réponse précise : « l’argon peut être utile mais seulement en façade nord, pour mieux isoler. Pour le reste, j’utilise plutôt du verre faiblement émissif. Et il faut surtout raisonner en terme de protection solaire, avec des stores extérieurs, des avancées de toiture… ».
Quant à la climatisation, elle est sujette à débat. Du point de vue sanitaire, elle peut être dotée de filtres (à pollens, à odeurs…). Oui mais « c’est de la surconsommation d’énergie, alors qu’il faut privilégier inertie thermique et protection solaire », reprend Frédéric Leconte ; « attention à être très scrupuleux sur l’entretien », renchérit Odile Massot, qui évoque l’hypothèse d’une interdiction à terme de la climatisation dans l’habitat individuel.

Et face à des clients qui se questionnent sur la fiabilité dans le temps des constructions, l’architecte apporte une réponse toute en paradoxe. Si dans le principe on construit bien sûr pour longtemps, dans la réalité il faut se montrer modeste et flexible, et raisonner à 30 ou 40 ans ! « Les matériaux doivent être recyclables, réutilisables si on déconstruit partiellement ou totalement, dit-il. En HQE, on prévoit une notice de déconstruction… pour déconstruire propre ! ». Autrement dit « penser durable c’est aussi penser la durée limitée des solutions du moment et prévoir leur possible remise en cause», analyse l’animateur du débat, Hervé Chaygneaud-Dupuy, des Ateliers de la Citoyenneté.

Frédéric Leconte nous pousse aussi à questionner nos habitudes, à relativiser nos critères de bien-être, nos choix d’habitat, en relatant deux voyages récents. Dans une maison finlandaise, en bois et bien isolée avec un système de triple vitrage, avec juste un poêle pour tout chauffage, la température était de 22°C à l’intérieur. Alors qu’en Chine, il a passé récemment dix jours dans un appartement où il faisait 5 à 7°C, sans en souffrir pour autant : « on compense là-bas par les vêtements et la nourriture ». L’habitat sain est bien aussi affaire de culture locale…

Aider le client dans ses choix

Dans ce contexte, l’apport de Leroy Merlin est d’organiser et de clarifier l’information pour ses clients. En premier lieu en respectant la réglementation : « pour les peintures par exemple, on a notre propre marque, on connaît donc nos obligations, on a une formation assez complète et on affiche une information précise sur l’emballage », explique Frédéric Lévy. « On dispose aussi de toutes les données qui nous sont transmises par notre centrale d’achat », précise un conseiller vendeur. Et bien sûr l’essentiel se joue dans l’échange et la discussion avec les clients : « on monte en compétence avec eux, il faut écouter et comprendre les mutations du marché, selon un autre collaborateur : par exemple sur le triple vitrage, un client nous questionne, puis deux, puis trois. On voit émerger cette tendance. Ensuite, la difficulté sera de trouver les fournisseurs qui peuvent répondre à ces nouveaux besoins ».

Pour aller plus loin encore, le magasin peut aussi s’appuyer sur l’un de ses clients, présent au débat, et membre de l’association Solaire en Nord, association de particuliers qui possèdent des installations solaires et acceptent de les faire visiter à des personnes intéressées. « On a visité sa maison, il vient expliquer sa réalisation à d’autres clients », raconte le chef de secteur électricité plomberie du magasin. « Leroy Merlin nous envoie régulièrement des visiteurs », dit l’intéressé, qui affiche l’ambition de devenir totalement autonome en énergie.

Pour Frédéric Lévy, la perspective est maintenant de parvenir à personnaliser au maximum le conseil aux clients, en fonction des particularités de chaque habitat et de chaque projet. Sur les questions sanitaires, c’est aussi les aider à « connaître les dangers, bien identifier les risques pour s’en garder », pour Odile Massot. Et encore apprendre à gérer les contradictions et à faire les bons choix, trouver les bons compromis, selon Frédéric Leconte, qui illustre ainsi son propos : « il est essentiel d’aérer pour vivre dans un espace sain… et de ne pas trop aérer pour éviter une trop forte perte d’énergie ! ». En conclusion, « on est dans un dialogue permanent entre des objectifs contradictoires, estime Hervé Chaygneaud-Dupuy : il n’existe pas LA solution, mais des bouts de solutions, que l’on construit dans des ajustements permanents ». Frédéric Lévy imagine déjà la prochaine étape : construire une démarche qui guide ses clients pas à pas dans leurs choix, qui les aide à se poser les bonnes questions au bon moment, réduisant la crainte paralysante de ne plus savoir par où commencer.

Merci à :
Frédéric Lévy et toute l’équipe du magasin Leroy Merlin de Lesquin pour leur engagement.
Frédéric Leconte (Ada Architecture) et Odile Massot pour leur disponibilité et leur expertise
Et à tous les participants au débat.

Contacts

Ada Architecture
5 Avenue de la créativité
59650 VILLENEUVE D’ASCQ
Tel. : 03 20 91 40 45
http://www.ada-architecture.com

Dr Odile Massot
Santé Environnement Pour Tous
omsept@free.fr

Association Solaire en Nord
Visites d’installations chez les adhérents
0825 34 12 63
http://solaire.en.nord.free.fr/

Ressources

CSTB
Centre Scientifique et Technique du Bâtiment
www.cstb.fr

AFSSET
Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail
www.afsse.fr

HQE
Association pour la Haute Qualité Environnementale
www.assohqe.org

Voir aussi le guide IDDEE sur le site de Leroy Merlin
www.leroymerlin.fr
Bibliographie

Maisons toxiques – Flammarion – Lionelle NUGON-BAUDON et Évelyne LHOSTE

La France toxique – Éditions la Découverte – André ASCHIERI

L’écologie, c’est la santé – Éditions Frison Roche – Drs Suzanne et Pierre DEOUX

Habitat Qualité Santé Clefs en main – Médieco Éditions – Drs Suzanne et Pierre DEOUX

L’air et la santé – Flammarion – Denis CHARPIN

Les risques de la Santé associés à la présence de moisissures en milieu intérieur – Institut national de santé publique du Québec

 

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