…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n°43 – 2 janvier 2007

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 5 Jan 2007 —

Tous nos voeux pour cette année où le discernement de chacun d'entre nous sera amplement sollicité, et pas seulement pour désigner nos représentants. En effet quel que soit le résultat des élections à venir, il nous appartiendra, à nous citoyens entreprenants, d'exercer notre compétence démocratique afin que le ou la nouvelle élue puisse co-inventer des voies nouvelles sur des questions sociétales aussi importantes que l'allongement de la vie, le logement des plus pauvres, la maîtrise de l'énergie,… Vous trouverez des textes de Pascale Puéchavy et de Guy Emerard sur ces deux derniers thèmes. Bonne lecture.

Evènement à venir… le 2 février, les Ateliers de la citoyenneté aux portes de Paris, à Saint-Ouen, une rencontre pour découvrir ou mieux connaître ce que sont les ateliers, quelle est la méthode proposée aux participants et ce que chacun y trouve dans une perspective de transformation personnelle et de transformation sociale.Projets en cours

Les Bourses du temps en Côte d'Or : la première phase est en voie d'achèvement, plus 150 personnes ont proposé des offres et des demandes de service lors des places du marché animées dans les 3 cantons qui participent à l'expérimentation.

Les rencontres Leroy Merlin/Ateliers de la citoyenneté : 8 rencontres auront lieu en 2007 dans différents magasins Leroy Merlin en France sur les thèmes du handicap, du bien Vieillir et des énergies renouvelables. Première rencontre à Lorient le 6 février

Formation-action en ateliers « les seniors et l'entreprise » : vos contacts dans les entreprises peuvent être utiles pour repérer les entreprises prêtes à aborder cette question dans sa dimension citoyenne, merci de nous transmettre des informations sur des pistes possibles, un document est à votre disposition pour présenter cette formation.

Plate-forme Métier-cité : Nouvelle Donne, le PASS et les AdC en ont pris l'initiative, rejoints par le CRIJ, Unis-Cité et l'UFJT. Cette plate-forme rassemble les utilisateurs du support conçu par Dominique Fauconnier, le jeu « Réinventer son métier » : ce support crée une situation inédite d'échanges où chacun, quelque soit son âge ou sa situation sociale, peut donner forme à cette quête incessante d’équilibre entre aspirations personnelles, objectifs professionnels et engagements relationnels. Des séances se déroulent chaque mois à Lyon, une séance est programmée en janvier à Grenoble et une autre à Paris.

Projet d'échange inter-européen (programme Grundtvig ) sur l'apprentissage de la citoyenneté : à l'étonnement de tous plus de 20 structures d'une dizaine de pays européens se sont déclarées intéressées par ce projet. Une réunion préparatoire aura lieu début mars à Lyon pour mettre au point un programme d'échange sur 2 ans portant sur 3 thèmes :

  • nos pratiques : méthodes et contenus (formels, non-formels ou informels) ;
  • eurs effets sur nos divers apprenants et, au-delà sur la société, dans la cité et dans l'entreprise ;
  • les éventuelles reconnaissances et/ou validations auxquelles elles donnent lieu.

Incubateur d'initiatives citoyennes : Son rôle est de faciliter l'action des « citoyens entreprenants » pour qu’ils puissent mûrir leur projet et entrer en coopération avec les acteurs concernés (services publics, entreprises associations, clubs, fondations, structures éducatrices …) Première initiative concernée, faisant suite à une rencontre « Initiales » : Habiter autrement 

Les ateliers : ilsont démarré en octobre/novembre mais vous pouvez vous y inscrire en prenant contact avec Pascale Puéchavy

  • Incivilités, violence et citoyenneté
  • Métier et habiletés sociales
  • La politique et les citoyens
  • Déplacements durables
  • Celui sur l'Habitat et l'intergénérationnel devrait être lancé à Grenoble en janvier

Contre-démocratie ou démocratie sociétale ?
Une fois encore, j'ai envie de réagir à un écrit de Pierre Rosanvallon, cette fois avec la perspective stimulante de pouvoir engager le débat directement avec lui car je serai le 18 janvier à la même table ronde que lui (au cours du colloque qui conclut les travaux de la Fonda sur les associations et le renouveau du politique).
Dans son dernier livre, La contre-démocratie, l'auteur sort utilement des analyses courantes de la crise du politique pour examiner la face la moins étudiée de la démocratie : l'expression de la défiance. Il montre en quoi elle fait partie, dès l'origine, du système démocratique et ne peut donc être vue simplement comme un affaiblissement de la démocratie représentative. Il examine successivement les diverses formes que peut prendre cette contre-démocratie : surveillance, empêchement d'agir, judiciarisation du politique. Plus que le risque de populisme, la dérive qu'il craint est celle d'une démocratie impolitique, c'est-à-dire privée de perspective globale, enfermée dans une dénonciation tatillonne de toute forme d'action d'envergure.

Soucieux à juste titre de sortir l'analyse de la démocratie du seul prisme électoral-représentatif, il finit par s'enfermer dans une vision d'une démocratie à deux faces, l'une institutionnelle et l'autre contestataire. Si la défiance est effectivement un moteur puissant et légitime pour éviter qu'une démocratie ne se transforme insensiblement en oligarchie, il me semble dangereux de voir la contre-démocratie comme le cadre systématique permettant la description des multiples transformations de la démocratie contemporaine, comme le propose Pierre Rosanvallon. La cohérence ainsi trouvée est en effet ambiguë : elle met en avant les acteurs multiformes de la société civile mais pour les enfermer tout aussitôt dans l'impolitique.
Ce n'est que dans la conclusion que Rosanvallon en arrive à une triple approche de la démocratie, complétant les deux premiers piliers par un troisième, « le travail du politique » qu'il définit comme l'activité réflexive et délibérative au travers de laquelle s'élaborent les règles de constitution d'un monde commun ». On aurait aimé que ce troisième aspect soit développé car cela aurait permis de voir que la société civile n'est pas limitée aux seules pratiques de la contre-démocratie. Quelques paragraphes sont bien consacrés aux démarches de démocratie participative, mais pour n'y voir qu'une « démocratie diminuée », réduite au local.
Non, la société civile n'est pas vouée au local et à la protestation ! Bien sûr, ce qui la met en mouvement est souvent une réaction à une situation concrète jugée insupportable mais ce n'est que la mise en mouvement, le travail réflexif et délibératif peut ensuite s'enclencher et contribuer à la redéfinition de ce qu'est le monde commun. C'est bien la société civile qui nous oblige aujourd'hui à nous questionner personnellement et collectivement sur la durabilité de notre modèle de développement, c'est toujours la société civile qui a remis au centre du débat politique la question du logement des plus pauvres. Il est d'ailleurs intéressant de voir la place des individus dans ces mobilisations : ici un producteur ultra connu d'émissions sur la nature, là un comédien complètement inconnu initiateur d'un collectif improbable significativement intitulé « les enfants de don Quichotte ». Il y a bien là la preuve (ou au moins un signe tangible) de la force de ce que nous nommons la citoyenneté entreprenante. Je sais déjà la critique qui est faite à ce type d'intervention. « Ce n'est pas de l'action, seules les associations qui ont un travail structuré et durable sont réellement légitimes pour intervenir dans l'espace public car elles développent une réelle expertise ». C'est oublier qu'en démocratie la parole est performatrice. Les Grecs l'avaient bien compris,qui mettaient l'isegoria (l'égalité du droit à la parole dans l'espace public) au centre de leur pratique démocratique. Prendre la parole publiquement, c'est œuvrer au discernement commun. Il n'y a donc pas d'action plus importante en démocratie.
Logiquement, les écoles de la citoyenneté devraient se multiplier pour accompagner ce mouvement de prise de parole directe de la société civile, tout comme les sophistes (dont la réputation est très injustement ternie) s'étaient répandus dans l'Athènes du siècle d'or. Les Ateliers de la Citoyenneté ont donc en ce début 2007 toute leur légitimité pour accompagner l'émergence de ce que je préfère appeler la « démocratie sociétale » !
Hervé Chaygneaud-Dupuy
Le toit, au-delà du droit
Les saisons passent, de la canicule de juillet au brouillard humide et froid de décembre, les sans logis restent, sur un morceau de trottoir ou le long d'un canal. Mais tout à coup le paysage figé se met en mouvement, viennent d'y surgir des artistes, des infirmières, des ingénieurs qui se disent « bien logés » et s'invitent à partager la nuit de ceux qui campent dans l'hiver. Ils entrent ainsi par effraction sur la scène politique, « citoyens refusant la situation inhumaine que vivent certains d'entre nous » et posent comme priorité de l'action publique l'accès à un vrai logement pour tous.

L'impact de cette action n'est pas seulement le fait d'une habile tactique médiatique imposant aux politiques, en pleine campagne électorale, à prendre position sur la question du logement. C'est un élan qui réveille une conscience anesthésiée par le sentiment d'impuissance : que faire quand je surprends une vieille femme se rhabillant au petit matin dans une cabine téléphonique ? que faire quand l'allée que j'emprunte sert de dortoir à deux hommes écrasés par le sommeil et l'alcool ? Partager, comme font les enfants de Don Quichotte, cette indignité faite à certains d'entre nous, c'est devenir plus dignes, ensemble. Il ne s'agit donc pas seulement d'un levier pour peser sur les autorités publiques mais d'exercer sa responsabilité personnelle en reliant son sort à celui des plus démunis. Et nous voyons à quel point ce lien a un formidable pouvoir de transformation sur chacun des acteurs (sans domiciles fixes, bien logés, professionnels du social, militants, journalistes, politiques) et rend subitement possible d'agir sur l'intolérable injustice.
Alors oui pour que l'Etat engage des moyens qui permettent à chacun de disposer d'un espace privé dans la cité, comme l'exige la charte des enfants de Don Quichotte. Mais aucune institution, constitution ou texte de loi ne peut être garant de la dignité, ça c'est notre affaire, comme personne, comme citoyen. La dignité ne s'évalue pas selon des critères d'intégration sociale, logement, travail, famille. Quand un sans abri refuse d'aller dans un centre d'hébergement et préfère un campement à tout vent, n'est-ce pas une façon d'affirmer sa dignité, son inaliénable liberté alors même que le choix se résume à ces deux seules options ? La plus grande atteinte à la dignité est de ne pas considérer l'autre comme capable d'agir sur sa propre vie. Or il n'est pas proposé, dans la charte des enfants de Don Quichotte,  d'associer les personnes sans logis ou mal logés à la recherche des solutions qui les concernent. Il faut pour cela sortir de la seule bataille du droit et s'engager dans des démarches de co-construction (citoyens, professionnels, élus) qui s'inscrivent dans la durée, pas à pas, ce qui serait déjà une nouvelle manière d'habiter ensemble.

Pascale Puéchavy

On parle souvent de la nécessité qu'il y aurait d'édicter une charte universelle de l'environnement. Son principe fondateur pourrait être que tout être humain a un droit égal d'accès aux quatre éléments : l'air, l'eau, la terre et le feu. Je veux ici m'intéresser au feu, autrement dit à l'énergie et plus particulièrement aux combustibles fossiles : pétrole, gaz et charbon. Ceux dont l'exploitation massive a permis l'émergence de la société « thermo-industrielle » dont on sait le confort qu'elle procure mais aussi, et de mieux en mieux, les catastrophes qu'elle prépare.
Cette prise de conscience a été longue à venir mais elle progresse ; complétée par une disposition internationale frustre mais c'est déjà ça : le contingentement du droit à émettre des gaz à effet de serre. Sa déclinaison micro-économique a commencé avec la commercialisation de droits à polluer. C'est une première étape qu'il ne faut pas mésestimer. Malheureusement, elle ne concerne que les gros pollueurs. Les petits – nous tous autrement dit- restent à l'écart de cette mesure. Cette passivité est contraire à l'idée d'empowerment sans lequel nos sociétés complexes n'ont pas d'avenir.
Pour amener chacun à polluer avec modération J-M Jancovici et A Grandjean (cf « Le plein s'il vous plait ») préconisent d'augmenter la TIPP pour porter le prix des carburants aux environs de 5 €/litre d'ici dix ans. Ce serait sûrement efficace mais bien difficile à faire admettre car inacceptable pour nombre de gens aux revenus modestes et qui ne peuvent pas se passer de leur voiture.
L'idée de répartir pour les individus comme pour les entreprises, le droit d'émission me paraîtrait plus juste et plus efficace. Comment ? En accordant à chacun un droit individuel d'accès à l'énergie fossile bon marché ; équivalent par exemple, une demi-TEP par habitant et par an sans considération d'âge, de fonction, d'habitat… Au-delà de ce quota, à chacun de se débrouiller. En se restreignant, en achetant des droits à d'autres, en se rabattant sur les énergies renouvelables (le nucléaire étant provisoirement considéré comme tel) …ou en achetant du combustible fossile au prix fort (les 5 € de tout à l'heure).
Avec des cartes à puce, ce devrait être gérable. A raison d'une demi-TEP par habitant, une famille de quatre personnes serait poussée à se débrouiller avec environ 4000 l de fuel ou d'essence (ou l'équivalent en gaz et charbon ) pour, essentiellement (c'est le cas de le dire) se déplacer et se chauffer. Si elle veut rouler plus, qu'elle se chauffe moins ou qu'elle ait recours à l'électricité qui, en France, est essentiellement nucléaire et hydraulique. Mais il est probable que beaucoup sauraient rester en dessous de leur quota pour revendre (ou donner ) leur excédent à d'autres qui ne sauraient ou ne pourraient pas faire les mêmes prouesses.
L'idée peut paraître farfelue mais elle respecte deux principes qui me semblent essentiels :

  • Gérer l'énergie par répartition plus que par le marché,

  • S'appuyer sur l'engagement personnel plus que sur la contrainte.

Guy Emerard

Un commentaire

    on attend avec impatience cette lettre !

    ms

    Comment by webmestre — 5 février 2007 @ 16:30

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