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... et si nous débattions en “citoyens entreprenants” ?

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Hyperprésidence et intelligence collective

Filed under: Démocratie représentative et démocratie sociale,Le blog — Auteur : — 7 Jan 2009 —

Ce texte est extrait de l’éditorial de Françoise Le Corre de la revue ETVDES que vous pouvez retrouver dans son intégralité sur le site de la revue.

(…) L’omniprésence de Nicolas Sarkozy, qui consacre sa propre personne comme providentielle, s’adresse aussi bien aux malheurs individuels qu’aux plus grandes négociations internationales. C’est plus qu’un nouveau style : c’est une confusion des rôles et des genres, une intrusion du compassionnel qui ne sert pas nécessairement l’efficacité, et qui conforte l’individualisme au sein de démocraties qui en sont déjà suroccupées. N’est-ce pas aller vers une autre forme d’endormissement démocratique ? (…)
Une somme d’activités, si considérable soit-elle, ne fait pas une volonté politique, qui doit être soutenue dans le temps, partagée, comprise, attentive aux débats contradictoires. Le grand risque de l’activisme, c’est qu’il s’enivre de lui-même. Comme toute entreprise humaine, en effet, l’hyperactivité cherche sa légitimité, qu’elle trouve dans une idéologie plus ou moins consciente, plus ou moins avouée. Cette idéologie du « tout action » tend à reléguer la pensée, les instances de réflexion et de concertation, les élaborations de l’avenir, comme autant d’inutilités. Assez pensé, mettons-nous au travail. Comme si pensée et action étaient destinées à s’exclure l’une l’autre. Dans une lettre adressée au Monde2, Lawrence D. Kitzman, professeur de français aux Etats-Unis, relevait, pour s’en indigner, cette phrase de Christine Lagarde, ministre des Finances, devant l’Assemblée Nationale : « La France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant, retroussons nos manches. »Quelle efficacité attendre d’un projet d’action qui ne soit étayé par une recherche de sens, une constante réflexion sur la justice, l’équité sociale, sur le possible et le souhaitable, une pensée qui tente de voir au delà des masques, qui repense les instances de pouvoir et celles de représentation des citoyens, qui déjoue les pièges, signale les impasses, tienne ouvertes les perspectives de générosité, mette chacun devant ses responsabilités ? Il est des paralysies de l’intelligence qui sont plus néfastes encore que celles qui touchent à l’action. Au vrai, chaque fois que l’on tentera d’exclure l’une par l’autre, la pensée au profit de l’action, ou l’inverse, sans voir comment elles doivent instaurer une tension réelle mais féconde, on ira vers de bien grandes difficultés. (…) Penser la société est et restera un travail collectif, sans lequel aucun président, si vigoureux soit-il, ne pourra entraîner les réformes qu’il souhaite.

Ce que Nicolas Sarkozy doit conduire, c’est une réelle rénovation de la pratique démocratique. Y parviendra-t-il ? C’est maintenant que commence véritablement son histoire avec la démocratie, c’est maintenant que l’on va pouvoir évaluer si une authentique pensée et volonté politique sous-tend l’hyperactivité « bluffante » qui se donne à voir. (…) Au détour d’une phrase rapportée par Yasmina Reza dans L’aube le soir ou la nuit, le Président fraîchement élu confie : « Gagner, c’est plaire ; mon métier, c’est décider. » Sans doute. Mais il n’est pas le seul à exercer ce « métier » ; il y a des décideurs à tous les échelons, à commencer par les ministres, sans parler de tous les secteurs d’activité de la société civile. Et les décideurs en démocratie doivent, pour réussir, s’appuyer sur la créativité collective, convaincre, obtenir une adhésion, faire prendre conscience à chaque citoyen de sa responsabilité dans l’évolution de la société. Les réformes indispensables passeront par l’acceptation d’inconvénients individuels. Il faudra alors jouer avec le temps ; concilier les urgences et les maturations lentes ; entraîner tout un pays dans la conviction d’un destin solidaire… La tâche est immense. Elle est l’affaire de tous. Elle suppose en permanence un engagement égal dans la pensée et dans l’action.

FRANÇOISE LE CORRE – ETVDES, octobre 2007

 

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