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... et si nous débattions en “citoyens entreprenants” ?

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La méthode Grenelle : essai d’évaluation

Quand la société civile travaille directement avec les politiques, un adepte du « volontarisme modeste » a de quoi se réjouir… a priori. Il y a en effet des avancées certaines mais deux pas n'ont pas été franchis qui conditionnent, pour moi, une réelle transformation de l'action publique. Les avancées ont largement été commentées, je ne fais que les rappeler : un travail en amont sur plusieurs mois, largement ouvert au « bricolage » méthodologique (pour moi c'est positif !). On a su construire en marchant sans s'enfermer dans des cadres trop contraignants. Certains y ont vu du flou, j'y vois plutôt une capacité à s'adapter aux attentes nées du débat en cours. l'apparition d'un « club des cinq » comprenant outre l'Etat, le patronat et les syndicats, deux groupes d'interlocuteurs encore jamais invités à ce type de rencontre : les associations et les territoires. Une bonne occasion de sortir des rapports extrêmement codés (pour ne pas dire plus, cf. l'actualité de l'UIMM) des partenaires sociaux avec les pouvoirs publics. Les limites de la démarche au regard de la logique d'empowerment dont nous sommes porteurs aux Ateliers de la Citoyenneté sont manifestes… et pourtant bien peu signalées. La première tient au type de mesures annoncées et au choix de l'outil législatif pour les concrétiser. Même en travaillant avec des acteurs de la société civile, l'Etat ne parvient pas à élargir de façon significative sa palette d'intervention. Il en reste pour l'essentiel à la réglementation et à la dépense publique : nouvelles normes pour la construction de logements, taxe carbone, obligation d'affichage du prix écologique, développement des liaisons TGV,… Il faut aller dans le détail des relevés de conclusion, non médiatisés, pour voir des avancées impliquant plus directement les acteurs sociaux : plan de création d'éco-quartiers, programme d'éco-conduite inspiré d'une initiative de La Poste. La façon dont on parle du développement de « l'économie de fonctionnalité » (l'accès au service offrant une alternative à la possession, coûteuse en ressources : auto-partage plutôt que voiture individuelle par exemple) est également significative. Ce point n'apparaît qu'extrêmement timidement, en toute fin de document, comme un programme de recherche « pour étudier l'expérimentation » ! C'est portant un des domaines les plus porteurs de créativité partagée puisqu'il s'agit d'inventer des services nouveaux de l'échelle micro jusqu'aux offres industrielles comme celle de Velo'v à Lyon ou Velib à Paris. Encore une fois la mise en œuvre est laissée à la loi, qui n'est pourtant pas le meilleur instrument de mobilisation sociétale. Je l'ai souvent écrit ici : il est indispensable que l'Etat mette sur le même plan DEUX modes d'action : la loi pour changer les règles du jeu, le programme d'action pour faciliter l'initiative de tous les acteurs. Plus fondamental encore, le Grenelle souffre d'une cataloguite sévère. La question de l'environnement a en effet été découpée et redécoupée : d'abord en 6 groupes de travail puis en 4 tables rondes conduisant à 8 programmes comprenant chacun une bonne quinzaine ou vingtaine de mesures. Bien sûr cela crée des problèmes de cohérence, de lisibilité mais plus profondément ça détourne des questions globales qu'on ne prend donc jamais le temps de traiter. Le politique ne sait plus qu'apporter des batteries de réponses là où il faudrait avant tout se coltiner à quelques questions « simples ». Par exemple, que voulons-nous : maintenir notre mode de vie actuel quitte à réduire, un peu, notre impact sur l'environnement en espérant que la technologie viendra à la rescousse ou bien construire une nouvelle conception du bonheur, moins centré sur la possession individuelle que sur l'accès à des ressources partagées. Faute de vision partagée sur le type d'avenir à construire, on s'empêtre dans des contradictions sans nom, comme avec la simultanéité du rapport sur la croissance d'Attali et les conclusions du Grenelle. La croissance, quelle croissance, mesurée comment ? Il me semble que sur ces questions, des philosophes et des citoyens ont autant à dire (plus ?) que les « corps intermédiaires » qui finissent par adopter la même technicité que celle de l'Etat, oubliant en route les « questions simples ».

HCD

 

© Droits de reproduction réservés - Les ateliers de la citoyenneté - Lyon 7e - Date d´édition: 2022-08-15 00:30:58 - © Droits de reproduction réservés - Les ateliers de la citoyenneté (http://www.ateliersdelacitoyennete.net/)
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