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... et si nous débattions en “citoyens entreprenants” ?

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Donner du poids à la parole

Deux exemples récents, l'un très simple, l'autre assez ambitieux qui tous deux tendent à redonner du poids à la parole. Nous le disons ici souvent : la parole argumentée est la brique de base de la démocratie.

Les centres sociaux en procès
Nous avons été plusieurs, aux Ateliers, à réfléchir à la forme du procès d'assise pour construire un débat public de qualité. Les Centres sociaux du Rhône ont réalisé l'expérience en se mettant eux-mêmes en procès. Devant plus de 250 personnes, le 24 janvier dernier, de vrais magistrats et de non moins vrais avocats ont consacré une longue soirée à auditionner témoins à charge et à décharge, avant de livrer leurs plaidoiries puis leur verdict avec le jury tiré au sort dans l'assistance. Les chefs d'inculpation n'étaient pas fantaisistes mais relevaient d'un travail d'analyse des griefs ordinairement faits aux Centres sociaux : détourner les subventions publiques à leur seul profit, maintenir des formes de discriminations au sein des publics qui bénéficient de leurs services, s'enfermer dans des logiques gestionnaires plutôt que de développer le « pouvoir d'agir » des habitants. Intervenant comme témoin à charge sur cette dernière question, j'ai pu mesurer à quel point on se sent obligé de faire preuve de discernement dans son propos. Le procès avait beau être fictif, je ne jouais pas un rôle, j'essayais honnêtement d'apporter mon éclairage sur la capacité des gens à agir en citoyens.
Même trop nombreux, même parfois malhabiles, les témoignages étaient écoutés avec une attention renforcée par la dramaturgie du procès, ponctués par les effets de manche des avocats et les pointes assassines du procureur. Par dessus tout ce qui nous maintenait dans l'histoire, c'était l'incroyable présence de la présidente du tribunal qui conduisait les débats avec une rigueur et une humanité sans faille. Chapeau Madame !
Une expérience à renouveler !

Des « causeries » à domicile
A côté des mois de travail exigés par la mise en place de ce procès, la modestie de l'autre expérience pourra paraître sans rapport. Elle relève pourtant pour moi de la même tentative de redonner du poids à notre parole. Claudine Delerce * a inauguré depuis un an des rencontres mensuelles à son domicile qu'elle nomme « causeries ». Le principe est on ne peut plus simple : un thème, quelques amis et amis d'amis, une plage horaire assez longue de 21h à minuit. La conversation s'engage à partir des expériences de chacun et non d'opinions générales. La rencontre consacrée à l'art n'était ainsi pas un débat pour ou contre l'art contemporain mais « qu'est-ce que l'art apporte à ma vie personnelle ». Ces rencontres sont nées en fait de la frustration partagée de ne jamais aller au bout d'une conversation au cours des diners entre amis. Qui en effet n'a pas fait l'expérience de ces dîners où un début de débat intéressant se trouve interrompu subitement par un participant qui trouve que le sujet va plomber l'ambiance… et on en revient bien vite aux sujets sans risque des dernières vacances ou du restaurant où il faut absolument aller dîner. Ceux et celles qui viennent aux causeries de Claudine savent que l'on ne lâchera pas le morceau même lorsque le débat s'animera. Tous les points de vue sont admis tant qu'ils sont exprimés dans le respect de l'opinion d'autrui.

Je vois à ces conversations un triple intérêt : comme exercice rhétorique alors que dans la vie professionnelle et sociale beaucoup d'entre nous ne trouvent plus d'espace de parole ; comme moment de discernement sur un sujet donné (nous savons bien aux Ateliers, l'extraordinaire richesse du simple croisement des points de vue sur une question donnée dès lors qu'on nourrit ses propos de son vécu et pas seulement d'opinions toutes faites que l'on reproduit) ; enfin et surtout comme moment de rencontre avec des personnes que l'on ne connaît pas mais dont on perçoit intuitivement qu'elles sont parties prenantes d'un même réseau d'humains engagés dans le vaste mouvement d'évolution du monde. On ressort de ce type de rencontre avec un sentiment d'humanité partagée.

On ne peut s'empêcher d'imaginer le déploiement d'une telle initiative, si simple à mettre en place ! Il s'agirait de cartographier la diffusion et de présenter sur un site internet où il est possible de participer à une « causerie » le week-end suivant à proximité de chez soi ! Une piste à creuser ?

Hervé Chaygneaud-Dupuy

 

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