…et si nous devenions des “citoyens entreprenants” ?

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Lettre d’info n° 28 – 27 mai 2005

Filed under: Lettres d'info — Auteur : — 27 Mai 2005 —

Une lettre spéciale, suite au référendum, à partir d'un texte rédigé à chaud lundi et partagé avec les membres du CA dont vous trouverez les réactions… contrastées et toujours pertinentes.
Mon texte pas plus que les réactions qu'il a suscité ne valent position « officielle » des Ateliers. Nous n'avons pas souhaité prendre collectivement parti dans le débat et il ne s'agit pas de le faire à posteriori ! En revanche le travail sur la méthode est au cœur de notre ambition, celle de développer une citoyenneté entreprenante.
L'échange peut se poursuivre par mail et sera sans aucun doute repris lors de notre plénière. Bonne lecture

L'ACTUALITE vue des ATELIERS

Des habits neufs pour la démocratie

« Le peuple français s’est prononcé ». En démocratie, le peuple est souverain et sa décision s’impose. Aujourd’hui tout devrait être simple puisque la participation au référendum a été forte et que la majorité est significative. Pourtant, que peut-on faire de ce NON ? Le problème vient du fait que tous savent ce que le peuple a dit sans aucune hésitation… mais qu’ils l’interprètent dans des sens totalement différents : impatience face à l’immobilisme, besoin d’une nouvelle impulsion, refus de l’Europe libérale, rejet d’une construction européenne technocratique,…
Ce qui semble aujourd’hui le plus évident, c’est l’absence d’évidence après une décision pourtant démocratique.
Ce qui est inquiétant, c’est que la démocratie directe après la démocratie représentative montre son impuissance à tracer une voie.
Le 29 mai n’est pas comme on le dit le renouvellement du 21 avril, il en est une nouvelle métastase : le 21 avril a rendu visible le discrédit des partis de gouvernement, le 29 mai, lui, risque de discréditer le recours même au suffrage universel. Personne ne le dira bien sûr, c’est politiquement incorrect, mais les préventions déjà grandes des élites à l’égard des citoyens, des gens ordinaires, de la France dite si significativement « d’en bas », ne pourra qu’être renforcée.
Il est plus que temps de réfléchir à ce que doit être la démocratie du XXIème siècle en allant au-delà des sempiternels appels à une « démocratie plus participative ». Participer, mais à quoi ? Aujourd’hui on ne nous demande guère de participer que pour des questions locales, et encore pour décider de l’emplacement de l’entrée d’un parking souterrain jamais sur l’opportunité dudit parking. A-t-on participé ces vingt dernières années à la conception de la construction européenne ?
Construisons une démocratie réellement délibérative. La délibération, c’est un travail de discernement collectif, par lequel les opinions se construisent progressivement. Les médias et les politiques se sont un peu vite émerveillés du débat qui a précédé le référendum. Certes les gens ont débattu mais bien souvent ils n’ont fait qu’échanger des arguments, cherchant à convaincre l’interlocuteur, à le faire changer d’avis. On a vu que tout était bon pour y parvenir, chaque alinéa, sorti bien évidemment de son contexte, servant à anéantir l’adversaire. La délibération n’a rien à voir avec ces joutes oratoires. Elle cherche à construire patiemment une position qui tienne compte de plusieurs points de vue, de plusieurs éclairages.
Certes la délibération prend du temps, mais combien de temps prend la non-délibération, avec ses décisions aussi rapides que rapidement remises en cause ? Que produit sur 20 ans un gouvernement classique, remis en cause à chaque échéance électorale ou à chaque mouvement d’humeur de l’opinion ? La démocratie délibérative suppose d’inventer à chaque échelle et entre les diverses échelles, des processus de délibération adaptés. Les outils techniques existent : forums internet, sondages délibératifs, conférences de citoyen… Les lieux d’apprentissage de ces formes d’expression démocratiques existent aussi : clubs, mouvements et réseaux citoyens se multiplient. Ce qui manque, c’est une volonté politique de reconnaître que le roi est nu et qu’il est peut-être temps d’habiller la démocratie d’habits neufs.
HCD

Réactions

Analyse complémentaire : le désarroi me semble surtout celui des élus, bien en peine à chaud et publiquement de sortir de paroles convenus et qui nous laissent au mieux parfaitement indifférents. 2 options s’ouvrent pour eux, pas forcément contradictoires d’ailleurs : l’attentisme jusqu’en 2007, ou l’expérimentation de nouvelles formes de délibération, prise de décision. Un contexte intéressant pour les Ateliers…
Denis Bernadet

Un grand merci d’avoir réagi si vite à ce résultat qui donne plutôt envie de s’enfouir sous sa couette et de ne plus en sortir. Je pense que ton idée d’une tribune est non seulement bonne mais qu’une réaction de la part des Ateliers est indispensable. Suite à une première lecture, je rajouterais bien que la démocratie délibérative a aussi l’avantage d’ancrer les gens dans la réalité et d’éviter cette politique de l’autruche mise en évidence par le non : les temps sont durs alors replions nous sur nous même et retrouvons nos protections d’avant. Comme si une telle chose était encore possible.
Christine Lecerf

Oui (!) une prise de parole publique aujourd’hui me parait très importante. Nous avons tant besoin de reconstruire ce matin.
En revanche, si le référendum a du plomb dans l’aile c’est parce qu’il a été très mal utilisé par ceux-là même qui s’en sont servi : on ne consulte pas les citoyens si le refus ne sert à rien (à priori pas d’autre Europe sans un effet domino conséquent encore très peu probable) et si la ratification doit se faire à l’unanimité (un pays ne doit pas décider pour 24). (…) A 25, on ne peut pas faire autre chose que du compromis. Mieux vaut-il rester seul pour avoir prise sur les choses par un bulletin dans l’urne ? On est en pleine illusion démocratique… ET OUI ! travaillons notre discernement, ne votons plus pour réagir mais pour agir.
Claire Jouanneault

Je ne suis pas sûr qu’il faille réagir à chaud. Sur cette question européenne, nous aurions dû anticiper. Et comme le débat est loin d’être clos, ce principe continue de valoir. De plus sans être opposé à ton texte que tu peux évidemment diffuser à titre personnel, je pense qu’une position collective des Ateliers suppose un débat préalable. L’AG de juin peut s’y prêter à condition de parler non pas du fond mais de la méthode: qu’est-ce qui devrait être mis en débat démocratique et comment ? Ce qui bien sûr appelle des réponses multiples. Réagir tout de suite c’est aussi courir à la fois le risque d’être inefficace (vu la cacophonie actuelle) et schismatique (vu l’éventail probable des opinions des membres des Ateliers ?)
Guy Emerard

Et bien oui…quelque chose ne fonctionne pas dans la démocratie française.
Imaginons une seconde la situation d’un DRH ou du responsable du service informatique d’une grande entreprise dont un projet de type : mise en place d’un ERP ou organisation des 35h se heurterait au dernier moment à une fin de non-recevoir et s’arrêterait brutalement. Vous me direz que ça arrive souvent. Certes, mais justement, c’est la raison pour laquelle se développent des programmes d’anticipation et d’accompagnement du changement qui permettent de repérer les résistances, identifier les acteurs clés, trouver progressivement des voies de convergences, former, communiquer, débattre…quitte à remettre le projet à plus tard si le terrain n’est définitivement pas mûr.
N’aurait-on pas gagné du temps si on avait pu faire ce travail sur la société française ? Si, comme les irlandais, sachant que les résistances allaient monter, on avait construit un programme de pédagogie suffisamment efficace pour convaincre. (mais on aurait dit « encore du matraquage pour le oui »). La démocratie n’est pas l’entreprise. L’indispensable accompagnement du changement s’appelle peut-être démocratie délibérative…
Bruno Vincenti

Oui, merci Hervé pour ta réponse à ce Non anéantissant.
Oui, pour apprendre à délibérer et ….à coopérer. J’ai en mémoire les témoignages radiophoniques d’euro-députés parlant avec passion de leur travail avec leurs alter-egos des autres pays européens, de la nécessaire prise en compte de l’autre (autre dans sa langue, son histoire et sa culture) qui, loin d’entraver leur coopération au sein d’une même commission a pour effet, au contraire, de faire bouger les frontières politiques en composant d’inédites combinaisons, jugées intolérables dans notre pays (cf les réactions violentes lors des meetings conjointement animés par Cohn-Bendit et Bayrou). Comment montrer que les choses avancent plus sûrement dans ces liens construits par l’action commune, dans un pas à pas aussi besogneux qu’exaltant, que par de fracassantes positions politiques ?
Pascale Puéchavy

Merci pour ton message, si je suis intéressée par le fond il me fait réagir très fort et va peut être me permettre de me remobiliser pour la suite.
Je ne suis pas d’accord avec toi, quand tu dis  » les gens ont débattu mais bien souvent ils n’ont fait qu’échanger des arguments, cherchant à convaincre l’interlocuteur, à le faire changer d’avis. » Je partage le sentiment d’un certain nombre d'européens qui nous ont envié ce débat. On l’a joué polémique, bien sûr, ne s’agit-il pas d’un mode d’expression bien français ? pour autant, jamais je n’ai autant échangé et donc pensé, élaboré autour de l’idée de l’Europe, de la démocratie, de la solidarité, du pouvoir … Nous nous sommes sentis concernés, n’est ce pas là déjà un fantastique espoir par rapport à la démocratie. Je nous trouve gonflé au niveau des Ateliers de ne pas avoir voulu se lancer, s'essayer sur un autre type d'échange et aujourd'hui critiquer ce qui a été fait collectivement.
On a attendu le 29 mai … le résultat est donné. Il ne nous satisfait pas, OK, que fait on ?
Encore merci … moi qui avait presque baissé les bras ce matin, me voilà à nouveau plein d'énergie.
Ravie de lire ces échanges !
Colette Desbois

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