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... et si nous débattions en “citoyens entreprenants” ?

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L'énergie, une question citoyenne ?

Filed under: Energie,Le blog,Non classé — Auteur : — 22 Mar 2006 —

En l'an 2000, les 6 milliards d'êtres humains que nous étions sur cette Terre, ont consommé 10 milliards de tep (tonne équivalent pétrole) ; soit 1,7 tep/terrien. Avec de profonds écarts (8 pour un américain, 3,5 pour un européen, 0,5 pour un indien).


Essayons de nous représenter les choses à l'échelon d'une famille « française moyenne » :

          chauffage : 4000 l. de fuel par an soit environ 2 tep,

          déplacements domestiques : 40000 km sur 2 voitures à 7 l/100 km soit 1,5 tep,

          électricité pour l'eau chaude, l'électroménager… 1 tep

          à ces consommations domestiques, faciles à identifier, s'ajoutent toutes celles dont nous n'assumons pas directement le coût : au bureau, à l'école, à l'atelier…, pour nos déplacements professionnels ou de loisir, en train, bus, avion… plus toute l'énergie « cachée » mais indispensable pour produire, transformer, stocker, transporter… ce que nous avons consommé ou rejeté.

Bien vite, les 14 tep sont atteintes par une famille de quatre personnes, soit 3,5 par personne.


A l'échelle mondiale les 80 % de cette consommation proviennent des réserves fossiles (pétrole, charbon, gaz), 5 % de centrales nucléaires et 15 % de ressources renouvelables (hydraulique et éolienne d'une part, du bois et autre biomasse d'autre part). En France,  comme on sait, la part de l'énergie fossile est moindre et celle du nucléaire, en revanche, sensiblement plus élevée.
Le point de vue éthique rejoint le principe de précaution pour considérer qu'il n'est de bonne énergie que renouvelable. Renouvelable ça revient à dire venant du soleil sous forme directe de chaleur et de lumière ou indirecte d'eau de ruissellement, de vent ou de biomasse.
La quantité de rayonnement solaire –à condition de savoir l'exploiter efficacement- dépasse de très loin les besoins des terriens. Il y a cependant un hic : on ne peut stocker ni la lumière, ni la chaleur.
Par photosynthèse, avec le soleil, la nature sait faire des végétaux qui se sont transformés au cours des ères géologiques en énergie fossile. Le processus est très lent et le rendement faible. Hier comme aujourd'hui, les plantes ne récupèrent que de 1 à 3 % du rayonnement solaire. La biomasse actuelle que l'on désigne parfois sous le nom de  « pétrole vert » ne constitue pas  une réponse à notre boulimie énergétique. Nous consommons  en un  an 400 fois ce que la terre produit dans le même temps (ce chiffre me paraît fort mais je l'ai vu dans un article récent ; quoi qu'il en soit je suis certain que la disproportion entre production et consommation instantanée reste très élevée). Par conséquent le bois pour le chauffage ou le colza pour les moteurs, ne seraient, en l'état actuel de la consommation que des solutions  marginales.
Alors que faire ?
Primo : consommer moins. Ce qui ne veut pas dire être moins nombreux ou revenir à la lampe à huile. Les télécommunications, par exemple, peu gourmandes en énergie, permettraient de faire, si on le voulait vraiment, d'énormes économies. C'est la volonté politique qui fait défaut … parce que, probablement, la conscience citoyenne n'y est pas.
Secundo (c'est-à-dire après) : développer les énergies renouvelables. L‘énergie hydraulique est la plus facile à domestiquer et une bonne part de son potentiel en grosses installations est déjà exploité ; en revanche il y aurait beaucoup à valoriser en micro réalisations. Pour le vent, c'est un peu pareil en un peu plus compliqué. Certains pays comme le Danemark montrent le chemin, notamment en off-shore. Dans les deux cas les turbines ou les pales actionnées par l'eau ou l'air font tourner des générateurs d'électricité… que l'on ne sait pas (encore) stocker.
D'où l'importance de ce qui se passe en Islande, une terre froide sur un sous-sol chaud. On y teste à grande échelle la transformation de la géothermie (une énergie semi-fossile… mais bon…) en électricité ; laquelle,  par hydrolyse, produit de l'hydrogène. Plus dangereux (pour l'instant) à stocker, transporter et distribuer que le pétrole et ses dérivés mais encore plus efficace qu'eux pour alimenter de petits moteurs thermiques. Et surtout sans rejets polluants, puants ou à effet de serre…
Quand cette expérience aura abouti –c'est imminent- le cercle technologique vertueux (soleil =>électricité=>hydrogène) pourra être bouclé à grande échelle. Car ce que la géothermie peut faire, les piles photovoltaïques le pourront encore plus aisément. Sans aller jusqu'à en installer dans tous les déserts ensoleillés, le rendement de ces piles permettra aisément de couvrir les besoins de l'humanité. Même en tablant sur une consommation bien plus élevée dans les pays pauvres ce qui n'empêcherait pas de vouloir de la modération ailleurs, j'y reviendrai.


Je crois donc (en même temps que je le crains) au scénario suivant. Les zones les plus propices à une vaste exploitation photovoltaïque sont les déserts. Ils sont « tenus », comme le pétrole, par des régimes autoritaires et souvent corrompus. Les moyens financiers et les techniques-clés sont ceux que maîtrisent les grandes firmes pétrolières. Il s'agit d'électrolyser de l'eau (au lieu de distiller du pétrole brut), de stocker, transporter et distribuer de l'hydrogène à la place de l'essence et du gazole. Les mêmes acteurs qui contrôlent aujourd'hui les territoires, les techniques et les moyens d'investissement du « tout pétrole » me semblent donc être ceux qui contrôleront demain le « tout hydrogène ». Une transformation identique, assez naturelle en somme, peut s'imaginer, à l'autre bout de la chaîne pour les industries de l'automobile. Pour moi donc, la structure du complexe énergético-industriel peut très bien ne pas changer en cas de passage du pétrole à l'hydrogène ; cette stabilité en accroît la probabilité. Je crains donc que les mêmes logiques prolongent la boulimie énergétique actuelle en cas de passage du pétrole à l'hydrogène et c'est en même temps ce qui le rend plausible.
Or la pollution mentale est bien plus néfaste que celle de l'atmosphère. L'hydrogène peut faire reculer celle-ci mais pas celle-là. Le bon antidote relève à la fois d'un comportement personnel et d'une volonté politique ; c'est donc une question de citoyenneté.
Comment chacun pourrait-il consommer moins pour réduire son empreinte écologique, par choix et pas forcément par nécessité puisque tout porte à penser que la logique du « consommez toujours plus » va encore prévaloir pendant un certain temps.

Je reviens donc à ma « famille française moyenne » :

·          sur le chauffage domestique, les marges d'économie sont très élevées notamment par l'isolation. On doit pouvoir viser 1 tep par famille et par an, eau chaude comprise en généralisant les capteurs solaires.

·          pour les transports le choix voiture/bus ou train devrait toujours intégrer une idée simple. Un car ou un train pleins (même un TGV) c'est du 1 l/100 km/voyageur alors qu'en voiture pleine, on  descend difficilement en dessous de 2 l/100 km/voyageur. Ce qui veut dire que pour les petits trajets, disons moins de 2 km, il faut privilégier la marche à pied (10 mn/km sans soucis de stationnement…) et rendre la ville au piéton. Et à l'égard des transports en commun, il faut que les usagers imposent leur présence dans la négociation employeurs (souvent publics)/employés. Pour les transports aériens extrêmement polluants et coûteux (jamais moins de 10 l/100 km/voyageur, même en remplissage total) il faudrait se modérer. C'est ennuyeux parce que les voyages sont très utiles économiquement et plus encore pour l'ouverture d'esprit mais peut-être faudrait-il se tourner davantage vers les trains et les bus là où les infrastructures existent. La vitesse n'est pas une fin en soi. On doit donc pouvoir  réduire facilement de 30 à 50 % la consommation actuelle.

·          Pour les « consommations cachées », je ne vois pas comment échapper à la réglementation. Par exemple, comme cela se fait, ai-je cru le lire, en Suède, pourquoi ne pas remplacer les services de ramassage des poubelles par l'obligation faite à chacun de gérer ses déchets. Il s'agirait d'installer des aires de tri notamment dans les zones commerciales d'où partent tant d'emballages coûteux et superflus. Sûr que si chacun devait les éliminer, chacun veillerait à en refuser beaucoup. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres mais là encore les économies potentielles sont énormes.
Autrement dit il est certainement possible de réduire de 3,5 à 2 tep la consommation énergétique moyenne par européen. Il y aurait des risques pour un pays s'aventurerait seul dans cette voie. Mais si toute l'Europe s'y mettait, elle générerait une référence par le haut à laquelle les autres grandes régions du monde, peu à peu, se rallieraient. On en a l'exemple pour la normalisation : presque partout la norme européenne finit par l'emporter. Je me l'explique par la diversité européenne qui alourdit la recherche du consensus mais en garantit la force.
Je crois sincèrement à la pertinence de scénarios de ce genre mais il faudrait évidemment en discuter, d'abord dans des groupes citoyens pour en valider le bien-fondé, montrer qu'avec des idéaux de ce genre, on respire tout de suite mieux… afin que les politiques s'en emparent sans en faire des exclusivités partisanes (ce qui pose problème dans les partis écologiques). 
Guy Emerard

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